Design sur les vagues

20 ans de WBDM
Design sur les vagues

Categorie: Articles
Date de publication:

2006-2026 : de l’émergence des réseaux sociaux à celle de l’IA, en passant par les prises de conscience écologique, le retour de l’artisanat, la remise en question des formes et des standards, ces deux décennies ont amené les designers à surfer sur les mouvements de l’industrie et les mouvements du monde. Pour y tracer leurs voies et en ouvrir d’autres.

Translation, armchair for Qui est Paul? 2008 (c) Alain Gilles

Autour d’un café, nous échangions avec Alain Gilles, dont les débuts coïncident plus ou moins avec ceux de WBDM. En 2008, Alain venait tout juste d’ouvrir son studio, lorsqu’il a embarqué pour un stand collectif de WBDM au salon 100% Design à Londres avec le projet de fauteuil pour la marque française Qui est Paul ?. « À l’époque, on se promenait encore avec un book en papier », se souvient-il amusé. Lui-même avait déjà décroché ce graal que représentait alors un contrat avec un éditeur étranger. Avec ses comparses designers, il se plaisait néanmoins à apprivoiser un aspect clé du métier : décrire et “vendre” ses idées et prototypes “en chair et os”.

Alain Gilles (c) Mathilde Hiley

À cet égard, les soins et conseils prodigués par WBDM leur étaient précieux, tout comme leur étaient précieux le cadre collectif et l’esprit de communauté dont l’agence (et plus tard la plateforme Belgium is Design) a constitué un des rouages. Pleinement dans l’air du temps. « Pour moi qui étais un peu plus âgé que les autres designers, cette dynamique de partage était aussi agréable que surprenante. Il me semble qu’elle était beaucoup moins présente dans la génération précédente. Et c’est quelque chose qui a subsisté. »

À la fin des années 2000, si les images circulaient déjà sur les écrans, les magazines papier avaient une aura et une importance qu’ils ont depuis perdues. Les réseaux sociaux, quant à eux, émergeaient à peine. Les designers n’étaient pas encore tenu·es d’assurer, dès la fin de leurs études, une image en ligne parfaitement maîtrisée. La discipline avait bien sûr déjà ses vedettes (y compris en Belgique), mais la mise en avant des créatrices et créateurs n’était pas aussi généralisée qu’aujourd’hui.

Stand WBDM at M&O, 2010

2008, une crise financière majeure allait bientôt secouer le secteur et l’industrie. Et alors que la mondialisation se poursuivait en parallèle (et avec elle l’accélération des échanges avec l’Asie, dont l’impact sur la production européenne a été aussi considérable qu’ambivalent), le sentiment de crise a contribué à nourrir nombre d’attitudes qui, depuis, n’ont fait que se renforcer. Pour beaucoup de designers, l’autoproduction est apparue comme une alternative possible, soit via la collaboration avec de petits ateliers industriels, soit par un “retour à l’artisanat”. Le tout promu par la vente en ligne.

Par ailleurs, l’intérêt pour l’écologie est lui aussi allé croissant. Matériaux sains, naturels et moins extractifs sont sortis de leur niche bio pour intégrer l’un des pans du mainstream. Leur usage s’est répandu et normalisé aux yeux du public. Pareil avec les matériaux de réemploi. Des pionniers comme Rotor DC ont défendu leur noblesse et leur pertinence. Patines et aspérités se sont révélées désirables. L’écoresponsabilité, paradoxalement, est devenue branchée.

Zaventem Ateliers project at Milan Design Week 2022, Baranzate Ateliers © Marek Swoboda

Comme le note Alain Gilles: « En deux décennies, le champ de ce qui est acceptable s’est élargi. » Les graines expérimentales semées dès les années 1990 par les Néerlandais de Droog Design ont proliféré. Les expressions les plus singulières et étonnantes (voire bizarres et aventureuses) ont acquis une place qui leur est propre, notamment via le design de collection, dont la Belgique est devenue un haut-lieu. Le succès international du salon Collectible en atteste chaque année.

Ce goût de la singularité déborde également dans le secteur du contract. Par l’intermédiaire d’architectes d’intérieur inspiré·es, bars, hôtels, bureaux et restaurants sont devenus des clients potentiels des art-designers et autres designers artisan·es. Un projet comme le Mix à Bruxelles a non seulement offert une vitrine aux talents gravitant autour des Zaventem Ateliers de Lionel Jadot, mais il a aussi permis à ces designers de changer d’échelle dans leur production. Pareillement, les amateur·ices de mobilier tubulaire peuvent à présent s’amuser à repérer les terrasses de café made in Brussels réalisées par les Ateliers J&J. Et même le monde des bureaux offre parfois des cartes blanches aux designers (pensons aux projets de Silversquare réalisés par Jean-Paul Lespagnard, Studio Krjst ou Sébastien Caporusso).

Dans ce monde globalisé et accéléré par le numérique, le local et l’international sont plus que jamais intriqués. Une expo ou un contrat à l’étranger servent de carte de visite dans votre propre ville. Et vice versa. C’est vrai au niveau de l’image… et à celui des enjeux à affronter. Soumis·es aux soubresauts de crises à répétitions, designers et entreprises doivent aujourd’hui être prêt·es à rebondir sur plusieurs tableaux. Sans jamais dévier de leur voie particulière. A cet effet, WBDM a mis en place un programme de bourses pour financer de la consultance spécialisée permettant aux créateurs et créatrices d’avancer sur des compétences très variées.

Woven Whispers, Milan Design Week 2025 (c) Eline Willaert

Alors que l’IA frappe à la porte et qu’il est difficile d’imaginer les bouleversements qu’elle va générer (elle ne risque pas d’évacuer tout de suite les grands noms, mais pourrait à terme boucher l’arrivée de nouvelles têtes), quelque chose semble résister : l’humain. L’humain et le tactile.

D’ailleurs, un autre retour étonnant s’opère depuis quelques années : celui du design textile, grâce auquel mains, émotions et machines tissent de nouveaux dialogues. L’exposition Woven Whispers, montée en 2025 par Belgium is Design, d’abord à la Design Week de Milan puis au CID du Grand-Hornu, illustre ces territoires retrouvés et réappropriés par de nouvelles générations. Les vagues commencent toujours comme des murmures.

Par

Jean-Michel Leclercq

Le dossier sur les 20 ans de WBDM

20 Years
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