Quand la fantaisie s’invite au quotidien : retour sur la fashion week de Paris (SS 27)

Quand la fantaisie s’invite au quotidien : retour sur la fashion week de Paris (SS 27)

Categorie: Défilés
Date de publication:

L’année 2026 ne ressemble décidément à aucune autre dans l’univers de la mode, qui semble parfois avoir perdu ses repères. Alors que les grandes maisons de luxe traversent une période difficile et semblent de plus en plus déconnectées des attentes de leurs clients, les marques belges tirent leur épingle du jeu et suscitent un intérêt croissant auprès des journalistes et des acheteurs les plus influents du secteur.

Marie Adam-Leenaerdt © CatwalkPictures

En septembre dernier, Julie Kegels a décroché le très prestigieux Prix LVMH, une distinction qui devrait donner un véritable coup d’accélérateur à son activité. En juillet, c’est Marie Adam-Leenaerdt, créatrice installée à Bruxelles, qui s’est vu décerner le Grand Prix de l’ANDAM, confirmant que la nouvelle génération de talents belges est désormais prise très au sérieux par l’industrie de la mode.

À Paris, Adam-Leenaerdt a dévoilé sa collection la plus aboutie à ce jour, en imaginant un supermarché fictif où les individualités et les styles se croisent et se confondent. Si cette collection s’inspirait bel et bien du quotidien, la créatrice y a naturellement apporté sa touche personnelle, empreinte de cette fantaisie qui fait toute son originalité. En coulisses, elle est revenue sur la notion d’élégance vestimentaire et sur la manière de la réinventer à l’heure actuelle. La collection incluait de superbes manteaux, tenues de soirée et accessoires, ainsi que des vêtements pour hommes à la fois modernes et élégants. Quel plaisir de voir Marie Adam-Leenaerdt élargir son répertoire créatif et apporter une touche de douceur à ses silhouettes pour proposer des pièces plus faciles à porter.

De son côté, le Bruxellois Julian Klausner a joué la carte du romantisme dans sa collection pour Dries Van Noten, signant un défilé empreint de joie et d’optimisme. Les contrastes de couleurs et de textures créaient des associations captivantes, où imprimés et ornements raffinés occupaient une place de choix. Tout semblait naturel et confortable, deux qualités emblématiques de la femme Dries Van Noten. Pour imaginer cette collection, Julian Klausner s’est inspiré de la garde-robe d’une star de cinéma en plein tournage. Si son approche était résolument cinématographique, il a su éviter toute théâtralité superflue, en proposant des vêtements qui restent faciles à s’approprier.

Cette saison marquait également le grand retour d’Ester Manas sur la scène parisienne, avec un défilé tout en sobriété et en assurance, fidèle aux valeurs et aux convictions de la marque. La diversité des morphologies reste un enjeu majeur dans le monde de la mode, et le retour de mannequins extrêmement minces sur les podiums a suscité de vives critiques de la part de plusieurs professionnels du secteur. Pour Balthazar Delepierre et Ester Manas, la mode doit avant tout permettre à chacun de s’affirmer, indépendamment de sa taille ou de sa morphologie. La marque ne se contente pas de mettre les courbes féminines à l’honneur : elle défend également la liberté d’expression individuelle, une démarche particulièrement pertinente à une époque où le conformisme semble gagner du terrain. Passés maîtres dans l’art du drapé, les deux créateurs ont dévoilé de superbes robes et des créations inspirées de la lingerie, à la fois sensuelles et faciles à porter.

Pour son défilé d’adieu chez Saint Laurent, Anthony Vaccarello a misé sur l’opulence, en faisant la part belle aux silhouettes dorées, ponctuées de quelques créations noires. Véritable fil rouge de la carrière d’Yves Saint Laurent, l’or s’est offert une nouvelle jeunesse sous l’impulsion de Vaccarello, qui l’a réinterprété à travers de somptueux brocarts, de l’organza et du velours. Solaire, captivante et somptueuse, la collection a remis l’élégance à l’honneur sur les podiums. Après plusieurs années marquées par un certain relâchement vestimentaire depuis la pandémie, l’heure semble venue de renouer avec le plaisir de soigner son apparence et d’adopter une allure plus raffinée.

Matthieu Blazy est incontestablement l’un des grands artisans de ce renouveau et il a déjà su imposer chez Chanel une signature stylistique immédiatement identifiable. Les coupes se font plus amples et les silhouettes plus décontractées pour privilégier la liberté de mouvement et le confort. L’artisanat revient en force à travers des matières somptueuses et des détails ornementaux empreints de fantaisie qui transforment chaque pièce en un véritable régal pour les yeux. Matthieu Blazy a redonné à la mode cette notion de plaisir que l’industrie semblait avoir quelque peu oubliée. Les initiés ne se lassent pas de son travail et, même si Chanel reste l’une des marques de luxe les plus chères du marché, Matthieu Blazy continue de séduire grâce à une vision résolument optimiste et avant-gardiste.

Marie Adam-Leenaerdt SS27 © CatwalkPictures

Une chose semble désormais évidente : la mode qui joue la carte du second degré ne fait plus vraiment rêver. Dans un monde toujours plus complexe et impitoyable, la mode doit parvenir à concilier pragmatisme et innovation. Et c’est précisément là que les créateurs belges tirent leur épingle du jeu : ils y parviennent sans jamais céder à la tentation de faire de leurs défilés des démonstrations spectaculaires. Pour les créateurs belges, garder les pieds sur terre n’empêche nullement de laisser libre cours à l’imagination.

Par

Philippe Pourhashemi

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