Alors que le monde traverse de profondes turbulences et que de nouveaux conflits éclatent aux quatre coins de la planète, la mode peut sembler futile et excessive, même si l’on pourrait soutenir qu’en ces temps difficiles, la beauté demeure l’une des plus grandes richesses de la vie.
Évoluer dans le contexte économique et politique actuel s’avère particulièrement difficile pour les créateurs. Toutefois, les Belges possèdent un sens du pragmatisme qui leur permet de surmonter les obstacles et, surtout, de trouver de nouvelles idées pour préserver leur pertinence.

La collection de Marie Adam-Leenaerdt traduisait une certaine évolution, marquée par des couleurs, des robes plus courtes et des pièces en patchwork surprenantes, empreintes d’un charme et d’une fraîcheur juvénile. À leur arrivée sur le lieu du défilé, les invités étaient priés de récupérer leur propre tabouret pliable et de s’installer où bon leur semblait, une manière ludique pour la créatrice bruxelloise de tourner en dérision les codes hiérarchiques de l’industrie. Cette démarche a permis de créer une atmosphère détendue, presque typiquement belge.

Pour Julian Klausner, qui signait ici sa meilleure collection femme pour Dries Van Noten à ce jour, il était essentiel de conserver une approche résolument optimiste. Le créateur bruxellois a misé sur de superbes pièces inspirées du vestiaire masculin, ainsi que sur des matières raffinées et des imprimés pixélisés de peintures anciennes, particulièrement réussis sur les vêtements d’extérieur. Fidèle à l’ADN de la maison, fondé sur l’art du mélange, Klausner a proposé des associations audacieuses, mais toujours empreintes d’élégance. Dries Van Noten en personne a assisté au défilé et s’est précipité en coulisses pour enlacer et féliciter Klausner, lui offrant une marque d’approbation particulièrement émouvante. Dans un secteur où il est courant de jouer aux chaises musicales, et où l’on finit souvent par recruter les mauvais créateurs, il est rassurant de constater la pertinence de la nomination de Klausner et la constance de ses collections, preuve qu’une maison peut prospérer après le départ de son fondateur.

Pour de nombreux créateurs belges, cette saison était placée sous le signe de la consolidation, sans chercher à faire de vagues. Anthony Vaccarello et Nicolas Di Felice ont tous deux présenté de belles collections pour Saint Laurent et Courrèges, même si les vêtements frôlaient le déjà-vu. Ces maisons privilégient avant tout la cohérence, et les créateurs belges ne sont généralement pas attirés par la provocation, ce qui fait d’eux d’excellents candidats pour diriger des maisons de tradition. Prochainement, Pieter Mulier dévoilera sa vision pour Versace, tandis que Meryll Rogge a présenté une première collection séduisante pour Marni à Milan. Si tant de Belges occupent aujourd’hui des postes clés dans de grandes maisons de mode, c’est précisément parce qu’ils savent mettre leur ego de côté et travailler au service des maisons qui les ont engagés, plutôt que de les utiliser comme des instruments de promotion personnelle.

L’exemple le plus parlant est la dernière collection de Matthieu Blazy pour Chanel, saluée tant par la presse que par les détaillants. En seulement quelques défilés, Blazy a créé une nouvelle silhouette pour Chanel, qui s’inspire en réalité du style de Coco Chanel dans les années 1920 et 1930. Si le créateur franco-belge a déconstruit le tailleur Chanel pour le rendre plus décontracté et confortable, c’est son accent sur l’artisanat et la recherche textile qui confère une touche distinctive à cette nouvelle version de Chanel, qui, à bien des égards, combine le meilleur du sportswear avec les méthodes sophistiquées des ateliers que Chanel a perfectionnées au fil des années. Une chose est certaine : l’engouement pour le Chanel de Blazy ne cesse de croître, et les clients faisaient la queue devant les boutiques parisiennes de la maison pour s’arracher les pièces de sa toute première collection. Matthieu Blazy comprend la psychologie, et les besoins, du client de luxe, ce qui fait de lui le successeur idéal de Karl Lagerfeld, même s’il reste nettement plus discret sur le plan médiatique.

Fait intéressant, plusieurs marques ont décidé de ne pas défiler lors de la Fashion Week de Paris, remettant une fois de plus en question la pertinence des défilés saisonniers. Christian Wijnants et Jean-Paul Knott ont préféré opter pour le format lookbook, tandis qu’Ester Manas fera son retour plus tard dans le calendrier officiel. Maison Margiela et Meryll Rogge, deux marques appartenant au groupe OTB, étaient également absentes du calendrier parisien cette saison. Les créateurs semblent désireux d’explorer de nouvelles manières de présenter leur travail, au-delà du format habituel des défilés. Alors que les discussions autour de l’IA rendent beaucoup d’acteurs du secteur nerveux et inquiets, d’importants changements pourraient s’opérer dans le cadre de la digitalisation croissante des événements, et certaines marques commencent déjà à l’adopter.
En toute transparence : cet article a été rédigé à l’ancienne, sans l’aide d’aucun bot d’IA. Je pense que Carrie Bradshaw serait fière.