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La révolution typographique par Caroline Dath

Caroline Dath: la révolution typographique

Categorie: Interviews
Date de publication:
Baskervvol

Caroline Dath est la fondatrice de Kidnap Your Designer. L’agence de design graphique est reconnue en Belgique ainsi qu’à l’étranger et fête aujourd’hui les 15 ans de sa création. Également enseignante à l’ERG-École de Recherche Graphique à Bruxelles, elle déploie depuis peu un projet ambitieux et à la portée universelle : la typographie non genrée. De nouveaux caractères et formes qui visent à transcender l’écriture inclusive et son usage.

Comment présenteriez-vous le travail de votre studio, qui s’étend du design graphique à jusqu’à l’éditorial et le web, et qui accorde une place centrale à l’expérimentation ?

Kidnap Your Designer se concentre sur le concept graphique et la typographie. Nous sommes aussi spécialisés dans la signalétique d’exposition (textes d’information sur différents types de support), avec un usage volontaire de matériaux qui sortent des sentiers battus. Chaque projet génère une recherche. L’objectif est de proposer des solutions aux problématiques de nos commanditaires et ce, dans le cadre du dialogue. Notre attrait pour l’expérimental résulte le plus souvent de questions budgétaires : faire, par exemple, des économies pour produire moins mais mieux.

Qui travaille à vos côtés et qu’apprenez-vous de vos collaborateurs ?

Nous sommes quatre personnes en permanence, dont Damien Safie et Esther Poch, plus deux externes réguliers, en fonction des commandes en digital ou motion design. Nous gérons toute la création en interne. L’aspect pluridisciplinaire nous motive. Nous avons d’ailleurs eu de nombreuses collaborations avec des photographes et réalisateurs, comme Laetitia Bica et Martin Landmeters pour la campagne publique #sharethecolor, une promotion des individualités LGBTQI+.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre métier ?

Nous n’imprimons presque plus de flyers à usage unique. Tout se passe en ligne et sur les réseaux sociaux pour des évènements éphémères. Maintenant, l’impression est réservée à de belles choses et tend à être reconsidérée comme prestigieuse. L’investissement dans le papier gagne ainsi en importance. L’évolution de la pratique du graphisme reste quelque peu statique même si plus d’étudiant.es s’intéressent à l’open source.

Parlez-nous du livre que vous avez conçu pour Wallonie-Bruxelles Mode Design [WBDM].

C’est un recueil hard cover de 30 entretiens qui ont été publiés sur wbdm.be. Pour chacun, l’illustratrice Lison Ferné a dessiné un portrait. Ces illustrations s’accompagnent de jeux typographiques avec des mots-clés qui représentent l’univers des talents présentés ; entrepreneur·euses, designers, concepteur·ices et créateu·rices de mode. Une couleur rose enveloppe l’ouvrage et l’impression du titre a été réalisé à chaud. C’est un « petit bonbon » !

Vous êtes membre de Bye Bye Binary. De quoi s’agit-il ?

Ce groupe est né d’un workshop à Bruxelles, entre l’ERG et L’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre. Il comprend des enseignant·es en typographie mais aussi des artistes plasticien·nes activistes, graphistes, performeur·euses et théoricien·nes (Loraine Furter, Laure Giletti, Louis Garrido, Pierre Huyghebaert, Ludi Loiseau, Tiphaine Kazi-Tani, Roxanne Maillet, H. Alix Mourrier).

Au sein de cette collective franco-belge, sous votre nom non-binaire Camille Circlude, vous avez défini de tout nouveaux mots et caractères afin de réinventer l’écriture postbinaire. Pourquoi ?

Notre action de groupe répond aux débats actuels à propos du point médian ; qui consiste à ajouter à la racine d’un mot et son suffixe masculin un point milieu, puis le suffixe féminin (exemple : un·e auteur·rice). De nombreux typographes de différentes nationalités ont souhaité outrepasser le format restrictif imposé par ce point médian, qui sépare littéralement les différentes catégories de personnes, au lieu d’être une forme de symbiose.  Nous avons donc créé des sets de caractères qui offrent la possibilité de faire des ligatures entre les lettres, pour que tout le monde s’y retrouve. Nous avons aussi repensé l’usage de l’astérisque, dans l’esprit de la pensée du sociologue queer Sam Bourcier, comme une toute nouvelle grammaire avec des suffixes neutres (exemple : auteur, autrice, auteul). Enfin, nous avons produit un tableau de conversion grammatical qui s’appelle l’Acadam, en parallèle de la Grammaire du Français inclusif d’Alpheratz.

Quel est l’objectif ?

Nous ne tentons pas d’imposer de nouvelles règles mais de créer des possibles pour les 50 prochaines années [rires]. L’évolution de la langue étant naturelle, les usages prendront le pas. Ceci est pour l’instant un champ de recherche qui est proposé aux professionnel·les du graphisme et qui sera bientôt accessible au grand public. Nous allons ainsi ouvrir une typothèque où ces ressources (typographies, grammaires) seront disponibles. Cela demande une forte concertation entre tous les membres de Bye Bye Binary. Au final, l’usage nous échappera mais nous nous devons de le faire, pour les générations futures.

Quelles problématiques de société et solutions ces écritures soulèvent et offrent-elles ?

Le contre-argument souvent mis en avant est celui de l’accessibilité pour les personnes avec des troubles de la lecture ; l’habilité à lire en cas de dyslexie notamment, ou de dyspraxie. Ce public est en effet peu estimé dans la formation des typographes et la création de caractères se doit de considérer les différentes habilités à lire. Mais cette critique est parfois récupérée par les réfractaires au langage inclusif… Nos solutions sont ouvertes à l’amélioration car elles ont vocation à fluidifier les rapports entre tous les êtres et à rendre visible ceux qui ne se retrouvent pas dans la bicatégorisation ou binarité de genre, qu’ils soient genderfluids ou genderfuckers.

Bye Bye Binary © detiffe
Quelles répercussions ont-elles sur votre travail ?

L’attrait de ces typographies et de ces mots est pour l’instant principalement du côté des associations. Mais nous essayons d’intégrer ces caractères et ces termes dans le maximum de projets. Ce fut le cas pour l’exposition Masculinities au Musée Mode & Dentelle. Le beau livre de WBDM comprend pour sa part la gamme de caractères non-binaires Baskervvol (une reprise de Baskervville de l’Atelier National de Recherche Typographique de Nancy en France, par Bye Bye Binary).

Vous, graphistes, êtes en quelque sorte des agents qui façonnent l’inconscient collectif…

Nous avons en effet une marche de manœuvre clé en tant que graphistes et nous faisons face à des institutions qui évoluent. Nous allons par exemple réaliser un atelier au Ballet National de Marseille (le collectif engagé La Horde est à la direction artistique). À la fin, l’institution récupèrera le set de caractères inclusifs que nous allons créer, pour pouvoir l’utiliser dans ses outils de communication. En France, la circulaire Blanquer interdit depuis peu l’usage de l’écriture inclusive, bien que la féminisation des termes est encouragée.

L’herbe est-elle plus verte en Belgique ?

Il y a moins de repli sur la question identitaire que dans l’Hexagone, où le poids de l’Académie Française est important. La Belgique est une sorte de refuge où il fait bon « travailler la francophonie ». L’ouverture d’esprit est aussi à la racine du pays. Et ici, la possibilité d’avoir des clients d’envergure, donc une influence, est stratégique.

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