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Signes du quotidien: le graphisme à contre-courant Design - 12 mars 2020

©ditch

La page d’accueil du site de cet atelier de design graphique fondé à Strasbourg et aujourd’hui implanté dans le quartier nord de Liège, ressemble à une sorte de jeu d’adresse numérique, voire à un jeu vidéo. Un clin d’œil qui en dit long sur l’esprit joyeux et amical, mais aussi sur la réflexion d’un studio, plutôt en décalage avec la norme. Rencontre avec Benjamin Dupuis, co-fondateur. 

Qui se cache derrière votre studio ?
Notre atelier est né à Strasbourg. Lorsque Jérémy Joncheray a rencontré son épouse, liégeoise, il a décidé de s’installer ici. Peu de temps après, dès notre première discussion, nous avons su que nous voulions travailler ensemble. En 2015, nous avons officiellement fondé le studio. Et nous avons gardé le nom original choisi par Jérémy.

Ce nom, il est également très emblématique de votre philosophie.
Il est né d’une réflexion presque philosophie. Nous dessinons des signes qui sont visibles au quotidien, mais qui sont aussi très ancrés dans celui des gens qui nous confient leurs projets. Ces signes, nous voulons qu’ils soient porteurs de sens et surtout, jamais gratuits.

 Vos clients sont issus de secteurs aussi différents que la culture, le secteur associatif, l’artisanat, l’industrie … Ont-ils un pont commun ?
Nous avons l’impression que non…, mais nous avons l’habitude de dire que nous ne travaillons pas pour nos clients, mais avec eux. Nous sommes plutôt généreux et amicaux dans notre manière d’aborder les gens et nos projets. Ce qui est sûr, c’est que nous devons nous sentir portés par chaque nouveau projet qu’on nous confie. Qu’il s’agisse d’un site web, d’un logo ou d’un magazine.

Vos projets dépassent largement le registre purement graphique. Vous vous intéressez aussi à l’espace et à la notion de service. Expliquez-nous…
Le design graphique tel que nous l’envisageons est bien plus qu’une recherche esthétique ou un exercice de style. Notre réflexion part toujours d’une seule et même question : « De quoi notre client aurait-il besoin ? » Le choix du support, de la typographie ou des couleurs doit s’inscrire dans la réalité budgétaire du client et dans les valeurs qu’il défend. Un site web n’est pas forcément un passage obligé. Nous pouvons tout à fait suggérer à un client de revenir à une communication plus traditionnelle, via des cartons d’invitation envoyés par la poste, plutôt que de miser sur une page Facebook qu’il n’aura pas le temps de gérer et qui ne touchera probablement pas son cœur de cible.

Le quartier dans lequel vous êtes implanté – un hub artistique en plein foisonnement – influence-t-il votre démarche créative ?
Oui, dans le sens où nous faisons partie du Comptoir des Ressources Créatives, une association de mise en réseau de créateurs et d’artisans. Le bâtiment que nous occupons nous permet de croiser, au quotidien, d’autres graphistes, des photographes, des vidéastes. De manière plus large, le quartier Saint Léonard, de par sa multi-culturalité et les projets socio-culturels qui s’y inscrivent, est très impliquant.

Vous définissez-vous comme un studio engagé ?
Je n’aime pas ce mot. Nous ne cherchons pas à délivrer un message. Mais si on veut tout de même parler d’engagement, je dirais qu’il s’inscrit dans une démarche tout à fait personnelle. Pour l’asbl liégeoise KulturA (un outil dédié aux créatifs locaux), nous avons créé une identité graphique de manière bénévole. Nous sommes également actifs dans le réseau Disco Soupe qui promeut la slow food et combat le gaspillage alimentaire.

Il est difficile de parler de design graphique sans parler d’écologie. Êtes-vous adeptes d’un ‘slow graphisme’ ?
Notre réflexion sur notre métier nous a amenés à créer le Festival du Design Graphique (FIG) de Liège. Nous voulons prouver que le design graphique peut être utile. Nous nous voyons comme des artisans. Dit comme ça, c’est un peu poétique, mais ça veut simplement dire que nous nous posons des questions par rapport aux outils de design graphisme. Nous aimons parfois revenir aux crayons ou à des machines plus atypiques comme le risographe. 

Cette philosophie ne vous empêche pas de décrocher de jolis contrats, voire de vous exporter.
Oui, même si, dans notre vision des choses, ce n’est pas une fin en soi. Nous ne cherchons pas des clients à l’étranger pour le prestige. Si le projet nous enthousiasme, alors, nous fonçons. Nous réalisons par exemple le magazine du Musée des Invalides à Paris. La plupart du temps, nous travaillons à distance. Preuve qu’il n’est pas forcément obligatoire de se déplacer. Est-ce déjà une preuve d’un certain engagement ? On ne sait pas. Peut-être bien !

Interview de Marie Honnay  

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