Façon Jacmin - Denim : workwear Attitude

Façon Jacmin – Denim : workwear Attitude

Categorie: Interviews
Date de publication:
Façon Jacmin - SS20 (c) Noel Quintela
© Noel Quintela for Façon Jacmin

Elles sont deux. Elles sont jumelles. Et elles ont fait du denim leur spécialité. Mais ce résumé est un peu réducteur. Façon Jacmin, c’est bien plus que ça. Le projet d’Alexandra et Ségolène Jacmin s’inscrit dans une approche durable, mais néanmoins désirable du vêtement, comme nous l’a expliqué Zoé Bellot, coordinatrice de projets pour la marque.

Dès le lancement de Façon Jacmin, vous avez fait du denim votre spécialité, l’essence du label. Pourquoi ?

L’idée de départ est de partir d’un vêtement intemporel et universel, le jeans, et de créer une marque qui s’adresse à toutes les femmes, sans exception. Leur univers est fortement ancré dans une approche « workwear ». La base : le vêtement de travail d’inspiration masculine auquel elles ont donné une dimension couture. Pour Alexandra et Ségolène, c’était un défi à la fois stylistique et entrepreneurial

Comme beaucoup de marques émergentes à succès, Façon Jacmin est le fruit d’un travail à quatre mains. Cette complémentarité explique-t-elle en partie le succès du label ?

Alexandra est diplômée de La Cambre Mode(s). Elle a ensuite fait ses armes chez Martin Margiela et Jean Paul Gaultier. Elle vit à Paris, là où est basé le studio de création. Son rôle est de construire et de déconstruire le denim pour créer de nouvelles propositions. Ségolène réside en Belgique, là où se trouve le siège de la marque. Elle se charge du volet commercial. Leur vision est néanmoins commune, celle de positionner Façon Jacmin comme une marque qui porte leur nom et véhicule leurs valeurs : l’ouverture vers les clientes, la transparence, l’éthique et une approche très pragmatique du vêtement.

Leur denim version ‘deluxe’ va en effet de pair avec une vision éthique de la mode.

Pour Alexandra et Ségolène, cet aspect des choses est une évidence. Le denim japonais utilisé pour l’ensemble des collections provient d’une fabrique artisanale qui recycle 99,99 % de l’eau nécessaire à la production. Quand on sait que le denim est l’un des plus gros pollueurs du secteur textile, on comprend l’impact de leur approche. En 2016, quand elles ont lancé le label, adopter une autre approche leur semblait tout à fait impossible. Ne serait-ce que parce qu’elle porte leur nom, Façon Jacmin doit incarner leur vision de la mode.  

Le choix de vous libérer des réseaux de distribution classique en vendant les collections dans un ‘truck’ a contribué à faire connaître la marque. Était-ce juste un tremplin ou un vrai modèle commercial ?

Dès son lancement, Façon Jacmin a cherché à se profiler comme une marque centrée sur l’idée de partage. Quoi de mieux qu’une boutique itinérante pour partir à la rencontre des clientes là où elles se trouvent. Aujourd’hui, nous avons ouvert une enseigne à Bruxelles qui se veut à la fois une boutique et un showroom, et une autre à Anvers. Aujourd’hui encore, notre approche reste fortement ancrée dans cette idée de sororité et de relations très personnelles, entre femmes.

Parlez-nous de votre collection artisanale : un mot et un concept plus que jamais d’actualité ?

Il s’agit d’une collection entièrement réalisée à la main dans l’idée d’un recyclage progressiste sur base d’anciens jeans qui sont détissés pour recréer des pièces couture. Nous avons ainsi façonné un blazer qui a demandé 300 heures de travail.

Cette année, vous avez lancé une capsule qui mixe denim et maille. Avez-vous l’envie de sortir d’un créneau trop limitatif ?

Disons plutôt que cette capsule est née d’une envie d’élargir nos domaines d’expertise. Derrière cette collection, Alexandra a également voulu faire passer un message un peu décalé, dans le sens où ce fil en coton indigo ressemble à du denim. Un joli clin d’œil qui rappelle qu’au sein de la Maison Martin Margiela, Alexandra était en charge du département maille.

Il est parfois plus difficile de trouver son public dans son propre pays qu’à l’étranger. Où se trouve le vôtre ?

À l’heure actuelle, notre public est majoritairement belge. Nos clientes, ainsi que les femmes qui nous suivent sur les réseaux sociaux, sont pour la plupart bruxelloises et anversoises. Notre volonté est évidemment d’étendre notre visibilité et d’accroitre notre présence sur le marché européen. Nous sommes actuellement distribuées au Bon Marché à Paris, dans un multimarques de la capitale, ainsi qu’à Bordeaux. Dans cette optique d’exportation, nous avons un agent qui prospecte le marché français et nous participons également au salon Base Denim à Amsterdam. Mais pas question pour nous de nous éparpiller. Le denim reste notre spécialité. L’idée est de conserver une éthique et une vraie cohérence dans notre réseau de distribution. 

Interview par

Marie Honnay

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