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David Carette, l'audace artistique Mode - 04 décembre 2018

(c) Serge Leblon

Scénographie, shootings mode, direction artistique, vidéo, photographie, design de vêtements... David Carette s'est toujours profilé comme un créatif multi facettes. Aujourd'hui, nouveau tournant : l'homme ose enfin se définir en tant qu'artiste.

TLmag : Ces dernières années, bien avant que le terme « hybride » soit sur toutes les lèvres, vous avez touché à la photographie, à la scénographie, à la réalisation de courts métrages et même au design de sweaters ?
David Carette : Dans le domaine des arts appliqués, contrairement à celui de l'art, le fait de toucher à plusieurs médias permet de gagner en précision et d'offrir une approche complète. Au début de ma carrière, je me suis éloigné de la photographie, le médium que j'avais étudié. J'ai d'abord travaillé comme graphiste et directeur artistique. C'est par ce biais que j'en suis arrivé à m'intéresser à nouveau à la lumière et, au final, que je suis revenu à la photographie. Au fil des années, je me suis spécialisé dans l'art de combiner les disciplines, mais aussi de réunir différents talents pour donner une vraie richesse à mes projets.

Comment choisissez-vous vos projets ?
À ce niveau, mon mode de fonctionnement n'est plus le même qu'il y a un an. Au fil des années, j'ai ressenti le besoin de me concentrer sur des projets créatifs dont je maîtrise totalement le cahier des charges. Pour la première fois de ma carrière, j'ose enfin me définir en tant qu'artiste. Cette nouvelle approche - qui m'éloigne des projets que je réalisais pour des clients belges et étrangers - est le fruit d'un long cheminement personnel.

Comment se manifeste ce changement de cap ?
Au travers de deux projets d'envergure : en avril dernier, j'ai présenté mon travail photographique dans le cadre de l'hôtel Amigo. Ciao’ Amigo, le nom de l'exposition, offrait une vision fantasmée de l’hôtel. J'y racontais une histoire. Lorsque je montre des images ou une vidéo, je fais en sorte que le public puisse se faire son cinéma et, je l'espère, qu'une émotion survienne. J'ai aussi réalisé Off the Record, un court-métrage qui a été montré lors de plusieurs festivals, dont celui de Cannes et de Milan.

Qu'est-ce qui vous motive dans ces projets artistiques ?
Le fait d'avoir carte blanche, justement. Dans le passé, seuls quelques clients - c'est le cas de Mercedes - m'ont offert cette liberté de création. Je ne pourrais plus, aujourd'hui, collaborer avec des marques qui me cadenasseraient dans mon processus créatif.

Vous avez désormais carte blanche pour tous vos projets. En tant qu’artiste avez-vous parfois l'angoisse de la page blanche ?
Cela ne m'est jamais arrivé. Ni avant, ni maintenant. En tant qu'artiste, j'ai la chance de ne plus subir aucune pression de timing. Si ce que je suis en train de concevoir ne me convient pas, je défais et je recommence. Mon processus créatif est plus léger sur le plan émotionnel, mais dévoiler le fruit d'un travail artistique est moins aisé que ce que j'aurais pu penser. Lors du vernissage de mon exposition, j'ai d'ailleurs eu un doute. Je craignais que les gens ne comprennent pas mon propos.

Comment expliquez-vous votre démarche ?
Mon engagement s'inscrit dans ma démarche, plutôt que dans le contenu ou la forme de mon travail. J'essaye d'amener mes messages de manière moins frontale, de les présenter avec douceur et de préférence avec le sourire. Tout comme je me suis affranchi des collaborations purement commerciales, je me place à l'écart du commerce de l'art. Dans cette même idée, pour conserver un maximum d'indépendance, j'ai voulu autoproduire mon court-métrage. À ce stade-ci de ma vie, j'ai envie de paix et de liberté.

Lancée en 2013, votre marque de sweaters baptisée « Demain, il fera jour. » (du nom de votre studio) est également une manière de vous engager.
Le message était déjà fort en soi. Les gens l'ont tout de suite compris. Je compte d'ailleurs lancer un nouveau modèle de sweater en revenant aux fondamentaux de la marque et à l'immédiateté de ce message. Aujourd'hui, en tant qu'artiste, j'ai besoin de m'ancrer dans le présent et dans un lieu précis et de m'exprimer le plus largement possible, plutôt que de tenter de convaincre ceux qui n'adhérent pas à mon propos. Dans ce sens, je me suis apaisé. Je regarde la nouvelle génération de créatifs avec beaucoup d'attention. Je suis fier de m'inscrire dans la dynamique qui fait bouger Bruxelles en ce moment. Je voyage moins, d'ailleurs.

Les réseaux sociaux ont peut-être rendu certains voyages moins essentiels...
Ils permettent de toucher un public international, mais je tiens à conserver une certaine distance par rapport à ces modes de communication. Lorsque j'ai organisé mon exposition, je n'ai par exemple pas voulu dévoiler d'emblée les images sur la toile. Je voulais que les visiteurs puissent ressentir une émotion directe sans qu'elle ait été dévoilée avant.

Une émotion que vous ressentez, vous aussi, lorsque vous collaborez avec d'autres créatifs ou artistes ?
Plutôt que de multiplier les collaborations éphémères, ce qui m'intéresse, c'est en effet, dans le cadre d'une vidéo ou d'un court-métrage, de développer une relation suivie avec mon chef opérateur ou avec un compositeur de musique. J'aime cette idée de ne pas être en concurrence avec une personne, mais plutôt de construire un dialogue riche et intense avec elle. Ce qui me fait voyager, aujourd'hui, c'est ça."


Interview de Marie Honnay

Plus d'infos

« Off the Record », le court métrage de David Carette, est à découvrir dès le début du mois de décembre sur Youtube et Vimeo, davidcarette.com



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