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Sandrina Fasoli : une belle âme au cœur de Bellerose Mode - 19 novembre 2019

(c) Victoria Nossent

Dès sa sortie de La Cambre Mode(s) en 2004, elle a créé, en tandem avec Michaël Marson, un label éponyme qui lui a valu les honneurs de la presse et des consommateurs. Aujourd’hui styliste pour la marque de prêt-à-porter belge, Bellerose, Sandrina Fasoli nous a offert son regard lucide et éclairé sur un secteur aussi passionnant qu’exigeant.

De votre aventure préliminaire, que gardez-vous comme souvenir marquant ? 
Notre première présentation à Paris, dans un studio photo. C’était magique. Le prix Mango aussi, car nous étions lauréats parmi un grand nombre de participants. Cette marque nous a fait vivre beaucoup de moments inoubliables. Je ne pourrais pas tous les citer. Ce sont ces instants mémorables qui nous ont donné la force et l’envie de continuer malgré les embûches rencontrées dans ce secteur.

Développer une marque belge aujourd'hui, c'est une vraie gageure. Pourriez-vous le refaire ?
Non, je n’en éprouve plus l’envie ni le besoin, cela ne correspond plus à mes aspirations. Les défilés, les présentations, cette course effrénée pour se démarquer… J’assouvis totalement mon besoin de créativité chez Bellerose. La création, c’est mon job à temps plein. Quand j’avais la marque avec Michaël, ce n’était qu’une infime partie de notre travail. On avait tous les autres rôles à assumer : production, marketing, finances, ... Aujourd’hui, je travaille dans une structure où de nombreuses personnes œuvrent au succès de chaque collection. J’ai la chance immense d’avoir des collègues que j’adore. Je ne regrette rien. Travailler avec mon meilleur ami a été un bonheur quotidien pendant huit ans. J’en suis sortie grandie.

Aujourd'hui, dans le secteur textile, les consommateurs se sentent concernés par l'éthique, le local. À votre sens, c'est un feu de paille ou une tendance de fond ?
Je pense qu’on a été tellement loin dans la surconsommation, l’excès, le gaspillage, l’indécence… on a besoin de se recentrer. On se rend compte que le monde qu’on laissera à nos enfants n’est pas très réjouissant. Au sein de Bellerose, c’est une grande préoccupation. On cherche des solutions, de nouveaux modes de fonctionnement pour les livraisons, le packaging, le recyclage des matières. On essaie de plus en plus d’éviter les lavages chimiques... Ce n’est pas facile car le consommateur a des habitudes et des exigences. Mais je suis certaine qu’on arrivera à trouver un meilleur équilibre.

Avez-vous, aujourd'hui encore, l'impression d'appartenir à une génération de créateurs belges ? Et si oui, que partagez-vous avec eux ?
À ce niveau-là, le festival d’Hyères est en général assez marquant. Il rassemble des créateurs d’une même ère. Pour moi, la patte belge se caractérise par son côté hors du commun, avant-gardiste, personnel et humble.

Vous êtes designer pour Bellerose. À ce titre, cette griffe belge a-t-elle de l'importance ?
Je pense que Bellerose n’affiche pas à proprement parler son Made in Belgium, même si nous sommes évidemment amoureux de la Belgique. Cette belgitude se traduit plutôt par de petits clin d’œil : un imprimé ou un thème un peu décalé. Cette marque a un ADN fort, une histoire. Elle est fidèle à son style mais évolue avec son temps.

Bellerose est une marque qui s'exporte. À l'heure de la globalisation, comment envisagez-vous une collection de prêt-à-porter féminin ? En pensant « international », risque-t-on de perdre son identité, son ancrage et donc sa personnalité ?
Absolument pas. C’est justement la richesse du concept. Bellerose est vendu dans de nombreux pays qui se différencient de par leur culture. C’est sa culture de la marque qui est forte, ainsi que son look intemporel qui plaisent. Ce n’est pas une marque qui change de style à chaque saison.

Cette année, vous avez été jury au défilé de La Cambre Mode(s). Qu'est-ce qui vous a intéressé le plus dans les propositions des étudiants ? 
C’était fabuleux. Les écouter parler de leurs projet, leur univers, leurs rêves d’avenir, c’était incroyable. Tous uniques, différents, riches. J’ai eu deux coups de cœurs absolus : Samuel Quertinmont : fitting parfait, création de tissus au tombé magnifique, couleurs subtiles, univers frais, poétique. Et aussi Abdel El Tayebr. Sa présentation était très émouvante et son travail hors du commun. J’ai aussi aimé sa personnalité. Son travail est généreux, humain et d’une grand puissance poétique. Je suis très confiante pour leur avenir et j’ai hâte de voir ce qu’ils deviendront. »  

Aujourd'hui, la création s'envisage dans une approche de plus en plus hybride. Qu'est-ce qui vous nourrit en Belgique: d'autres créateurs, des artistes, des lieux ?
Mes voyages, les photos, les magazines, les gens dans la rue, ma nostalgie pour les choses du passé me nourrissent au quotidien. Certains créateurs ou marques, dont je suis fan depuis toujours alimentent mon imaginaire tels Comme des Garçons ou Prada.

Bellerose fête ses 30 ans cette année. Dans un secteur qui doit constamment se réinventer, peaufiner son image, comment envisagez-vous votre travail de création et de direction artistique ?
Bellerose a une histoire et un univers particulier, authentique et sincère, une histoire de famille. Je m’en nourris et j’essaie d’y apporter une touche de féminité et de modernité en puisant souvent dans les archives de la Maison. 

Interview par Marie Honnay

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bellerose.be



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