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Hovertone, créateurs de sensations fortes Design - 10 décembre 2018

(c) hovertone

Ce studio basé à Mons envisage le design dans une approche émotionnelle et interactive. Ou quand le storytelling mixe habilement dimension humaine et expérience digitale. Rencontre avec Nicolas d’Alessandro, co-fondateur d'Hovertone.

TLmag : Le studio est basé sur votre vision très personnelle du numérique. Vous parlez de "design d'expériences". Expliquez-nous.
Nicolas d’Alessandro : Je suis convaincu que la technologie doit rester un moyen de générer de l'émotion. À mon sens, le vrai tournant a eu lieu au début des années 70. D'un coup ou presque, avec l'arrivée de l'informatique, on est passé d'un design essentiellement tourné vers le produit à une approche centrée sur l'humain. Les designers ont forcément été obligés de s'adapter et de s'interroger sur la manière dont l'humain comprend le monde. J'aime rappeler que notre rôle n'est pas de faire de l'art, mais bien de contribuer à véhiculer un message.

Quel a été votre parcours pour arriver jusque-là ?
En 2004, lorsque je suis sorti diplômé de La Faculté Polytechnique de l'Université de Mons. Par intérêt personnel (je suis passionné de musique et je joue de plusieurs instruments), j’ai décidé d'axer mon doctorat sur la technologie musicale. De tout temps, les inventions technologiques ont été à l'origine de la création de nouveaux instruments. Pour ma part, je suis issu de la génération qui a vu se développer la musique numérique. Entre 2004 et 2012, j'ai conçu HandSketch, une tablette numérique permettant de créer du son. Notre décision, à ma collaboratrice Joëlle Tilmanne et moi-même, de la commercialiser a donné naissance à notre startup Hovertone fondée en 2015.

Vous avez cependant rapidement réalisé que le secteur des applications mobiles était saturé...
Sur base de ce constat, nous avons réfléchi à la manière dont nous pourrions capitaliser sur les leçons apprises grâce à ce premier projet et comment nous pourrions les appliquer à un business plus large. Depuis 2017, Hovertone offre, au travers de cette nouvelle approche, des solutions aux acteurs du secteur culturel, événementiel et retail.

Vous dites collaborer avec une brochette de talents à qui vous demandez de sortir de leur zone de confort. Comment et pourquoi? 
Mon propre background est lié au code et au software, mais ma mission actuelle consiste à me détacher de cette approche purement technologique pour créer des objets sensibles, vecteurs d'expériences. Je cherche à faire se croiser le design d'objets et d'autres métiers historiques comme celui de l'impression ou du travail du bois. Quand je demande à un imprimeur de créer des fresques ou des affiches que les gens vont pouvoir toucher ou à un menuisier de plancher sur une table interactive, nous devons dialoguer pour qu'au final, l'expérience globale fonctionne, surprenne et suscite de l'intérêt, voire une vraie émotion.

À quel niveau précis aidez-vous vos clients ?
Nos clients viennent chercher un émerveillement au travers de solutions innovantes, mais aussi un processus. La particularité de notre studio est de ne pas proposer de produits numériques, ni de solutions toutes-faites, mais bien de cadrer avec le message qu'ils veulent véhiculer.

HovertoneLes outils que vous développez – haptic feedback, alternative displays, video mapping, interactive motion design – sont encore relativement inconnus. Ça peut faire peur, non ?
Lorsque nous discutons avec nos clients, nous ne les évoquons pas d'emblée. On s'intéresse d'abord à la place qu'occupe l'humain dans l'espace, à la manière dont il va interagir avec cet espace. L'aspect technologique n'arrive que dans un second temps. Le numérique n'est pas un style esthétique. C'est juste une manière moderne de créer du vivant à partir d'un objet inerte. Il doit toujours s'intégrer dans un contexte précis.

Avez-vous un projet dont vous êtes particulièrement fier?
Le Chant des Machines installé au Pass, le Parc d'Aventures Scientifiques de Mons. Contrairement à de nombreux autres projets du studio qui ont une durée de vie limitée, celui-ci est permanent. Il s'agit d'un mur tactile de 40 mètres carrés, probablement le plus grand d'Europe. Nous avons utilisé le vidéo mapping pour faire bouger certaines parties d'un dessin affiché sur de grands panneaux en bois. Le visiteur doit se déplacer pour prendre pleinement conscience de toutes les potentialités de cette installation qui le replonge dans l'histoire industrielle de la région. En réinventant la technologie du tactile, nous avons créé une expérience unique et presqu'onirique qui semble fasciner le public. En deux ans, près de 300.000 visiteurs ont pu vivre cette expérience qui mixe passé et présent.

Comment envisagez-vous l'avenir du design ?
Je pense que nous ne sommes qu'au tout début d'une longue évolution qui va contribuer à faire changer la manière dont les disciplines se mélangent. J'ai hâte de rencontrer les acteurs d'autres métiers historiques et de réfléchir avec eux à la manière dont ils peuvent interagir avec le numérique. L'intelligence artificielle comme outil du designer, c'est l'avenir, un outil idéal pour créer une relation de plus en plus autonome entre les gens et les objets.

Interview de Marie Honnay

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