Dries Vriesacker : la force de l'unité

Dries Vriesacker
La force de l’unité

Categorie: Interviews
Date de publication:

Pour comprendre la mode belge, il faut d’abord se pencher sur son histoire et sur les contrastes linguistiques, sociaux et culturels qui ont façonné ce petit pays aux multiples paradoxes. Pour les étrangers, elle apparaît comme un ensemble homogène. Pourtant, pour celles et ceux qui vivent à Bruxelles, à Anvers ou ailleurs, les nuances sont bien réelles.

Au cours des quarante dernières années, un fossé s’est creusé entre la mode flamande, wallonne et bruxelloise – Bruxelles étant, bien que située en Flandre, majoritairement francophone. En 2026, la mode belge n’est pas seulement synonyme de qualité, d’originalité et d’innovation, son succès met également en lumière l’excellence des écoles du pays qui forment et façonnent une nouvelle génération de talents brillants.

Lancement du Magazine ENFTS TERRIBLES 2025

Pour Dries Vriesacker, qui a lancé l’an dernier au Standard Hotel de Bruxelles le premier numéro papier de son magazine ENFNTS TERRIBLES, fédérer les voix et les talents belges – quelle que soit leur origine – compte davantage qu’une vision fragmentée. Il est également rédacteur en chef de Belgium is Fashion, une page Instagram passionnante développée en collaboration avec WBDM, Flanders District of Creativity et MAD Brussels.

Nous avons rencontré Dries Vriesacker pour évoquer son attachement à l’imprimé à l’ère du numérique, les talents belges qu’il suit aujourd’hui, et les raisons pour lesquelles Lady Gaga a joué un rôle clé dans sa découverte de la mode avant-gardiste.

Adolescent, qu’est-ce qui vous passionnait le plus : la musique ou la mode ?

La musique, sans hésiter. C’est grâce à Lady Gaga que je me suis intéressé à la mode. Quand j’étais adolescent, j’étais complètement accro aux festivals et aux tendances musicales. J’ai même écrit des articles sur la musique pour le journal de l’université. Je me souviens très bien du jour où Lady Gaga a publié un post sur Plato’s Atlantis d’Alexander McQueen : après avoir vu le défilé, je suis devenu complètement obsédé par les vêtements.

Je me souviens très bien de ce défilé. Avez-vous toujours été attiré par l’avant-garde ?

Oui. Les pièces étaient tellement incroyables, surréalistes et hors du commun. C’est encore aujourd’hui l’un de mes défilés préférés.

Cover ENFTS TERRIBLES
Quand avez-vous décidé de lancer ENFTS TERRIBLES ? C’est assez surprenant de voir de jeunes rédacteurs se tourner ainsi vers la presse écrite.

À l’époque, j’étais blogueur et, comme nous n’étions que trois blogueurs masculins en Belgique, j’étais invité à tous les événements de mode, ce qui m’a permis de développer mon réseau au fil des années. L’idée de créer un magazine est née lors d’une discussion de groupe dans un Thalys, sur le trajet retour d’Amsterdam, et c’est ainsi qu’ENFTS TERRIBLES a vu le jour.

C’était quand ?

Il y a dix ans. J’avais des associés à l’époque et nous avons lancé le projet sous forme de site internet et de page Instagram. Au fil du temps, notre audience a grandi et je me suis retrouvé seul aux commandes, mais l’idée de lancer un magazine nous avait toujours attirés. Nous voulions créer quelque chose d’authentique, qui ne se concentre pas uniquement sur les annonceurs, dont dépendent de nombreuses publications.

Le magazine est un bel objet, avec un vrai travail sur le papier et la qualité d’impression. Pourquoi avoir opté pour un niveau de qualité aussi élevé ?

Je pense que les magazines sont devenus des objets de collection. Ils ne servent plus à relayer l’actualité quotidienne, mais à explorer des thématiques en profondeur. Le défi consistait à créer quelque chose de percutant tout en restant accessible. Je suis d’ailleurs heureux d’annoncer qu’en Belgique, le premier numéro est déjà épuisé. J’ai récemment signé avec des distributeurs internationaux, et ENFTS TERRIBLES est désormais disponible à l’étranger.

C’est amusant, car cela ressemble un peu au lancement d’une nouvelle marque de mode indépendante. Comment faites-vous face à la concurrence ?

L’avantage d’être basé en Belgique, c’est qu’il y a peu de concurrence, même si les budgets publicitaires y sont nettement plus limités. Je voulais créer un magazine avec une vision belge forte, ce qui n’existe pas vraiment aujourd’hui.

Belgium is Fashion
Comment est née l’idée de “Belgium is Fashion” ?

J’ai été contacté par Flanders District of Creativity, qui m’a présenté le projet et m’a demandé si je souhaitais élaborer une proposition. On m’a ensuite proposé de devenir le rédacteur en chef de ce compte Instagram et d’être responsable de l’ensemble de son contenu. Ce qui est formidable dans ce projet, c’est qu’il bénéficie du soutien de plusieurs institutions à la fois, dont WBDM et MAD Brussels. Je pense qu’il est important de fédérer les créateurs autour d’un même concept, d’autant plus que l’exposition “Antwerp 6” au MoMu – qui ouvre ses portes fin mars – attirera de nombreux visiteurs étrangers en Belgique.

Olivier Theyskens AW22 © Courtesy of Olivier Theyskens
C’est une excellente année pour la mode belge, ainsi que pour ses créateurs, qui sont désormais présents un peu partout. Comment expliquez-vous leur succès ?

Les gens apprécient les Belges, car nous avons les pieds sur terre et qu’il est plus facile de travailler avec nous qu’avec d’autres. Et puis il y a autre chose : la Belgique est souvent associée au bon goût, pas seulement dans la mode, mais aussi dans le design, la gastronomie, l’art ou l’architecture. À l’étranger, on respecte cette idée du « bon goût belge », et je pense qu’elle est légitime.

C’est intéressant. La Belgique jouit donc d’une certaine réputation, qui s’applique également à ses créateurs. Et il est vrai que même les créateurs belges les plus audacieux font toujours preuve de raffinement dans leur travail.

Exactement. Regardez Walter Van Beirendonck, ou encore Olivier Theyskens, connu pour avoir abandonné ses études à La Cambre Mode[s]. Malgré leur approche audacieuse et très avant-gardiste, leurs créations restent raffinées et d’une grande complexité.

Marie Adam-Leenaerdt (c) Alessio Bolzoni
Que pensez-vous de la nouvelle vague de créateurs belges, composée principalement de talents féminins comme Meryll Rogge, Marie-Adam Leenaerdt ou Julie Kegels ?

Je les suis depuis leurs débuts et je trouve leur travail à la fois rafraîchissant et inspirant. C’est formidable de voir de plus en plus de marques lancées par des femmes en Belgique, et j’ai été ravi d’apprendre que Julie Kegels figurait parmi les finalistes du Prix LVMH cette année. Elles ont toutes leur propre voix, et j’ai hâte de voir ce que Meryll Rogge proposera pour Marni à Milan. Je ne manquerai pas de suivre cette première collection de près.

Interview par

Philippe Pourhashemi

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