Retour à la liste complète

Walter Lecompte, coupeur de style Mode - 20 avril 2016

Emmanuel Laurent

Quand le jeune Walter « monte » à Bruxelles, il a 15 ans, et est loin de se douter de la carrière qui l'attend. Un demi-siècle plus tard, celui qui a réchauffé de ses fourrures les catwalks parisiens les plus prestigieux revient sur son parcours. Avec humilité et passion.

Au commencement

« Tu seras fourreur, mon fils ». S’il fallait inventer la phrase à l’amorce de la carrière de Walter Lecompte, ce serait sans aucun doute celle-là.  Il a alors quinze ans, et est envoyé par son père, de sa Flandre natale, suivre un apprentissage chez le fourreur bruxellois Slachmuylder. Il y aura les premières années, le métier qui entre. Patiemment. Consciencieusement.  La taille, la coupe, la façon d'assembler, en biais, droit. « Il y a 100 000 façons de travailler les peaux. La peau, il faut l’apprendre. Jouer avec elle, avec le sens de ses poils. Pour chaque type il y a une façon particulière d’assembler» explique-t-il, œil vif du passionné connaisseur, caressant du plat de la main les poils souples d’une peau de marmotte pendue à un cintre, dans son atelier, déjà préparée. « On travaille en duo avec une mécanicienne. Installée juste à côté du coupeur, c'est elle qui pique les peaux qui viennent d'être coupées. Mon travail à moi, c'est de savoir quel bout mettre avec quel autre. ».

Se réinventer

Avant d’arriver à cette maîtrise de la peau qui est désormais la sienne, et après son apprentissage, il s'installera dans un petit atelier à Laeken. Ses premiers clients seront ceux des fourreurs installés jusqu’alors à Bruxelles, qui peu à peu prennent leur retraite. Jusqu’à ce que Slachmuylder lui-même mette la clef sous le paillasson, et aide Walter Lecompte à racheter son affaire. Elle sera fleurissante, jusqu’aux années 90, crises économique et prise de conscience écologique. C’est la petite mort de la fourrure ; elle n’a plus la cote. Il faut trouver une façon de se réinventer. Alors, Walter Lecompte aura cette idée de génie, de se tourner vers la jeune création. Et, en particulier, vers la Cambre. . « C'était de la pure nécessité. Ça allait mal. Que fallait-il faire ? Partir ? Se renouveler ? Mon savoir, c’était mes mains. J’ai contacté la Cambre, j’ai proposé de travailler avec les étudiants. »  C’est le début d’une collaboration gagnante. Et d’une nouvelle vie. Le fourreur reçoit les jeunes créateurs en devenir - Olivier Theyskens, Olivia Hainaut, Laetitia Crahay…-dans son atelier, les aide pour leur travail de fin d’année autour de la fourrure, leur offrant main-d’œuvre, toujours, et peaux, parfois. Le retour d’ascenseur ne se fera pas attendre. « Quand ils sortaient de l’école, ils se trouvaient vite à Paris ; ils savaient que je faisais des fourrures. En cas de besoin, ils s’adressaient à moi.» C’est comme ça qu’en 2001, Chanel lui commande les manchons de son défilé. Un travail de titan, qui le fera connaître dans le petit monde de la mode. « Dans ce métier, une fois qu'on nous connait, on est recontacté. » Et il le sera, assurément, de Dries Van Noten à Rochas, d’Ann Demeulemeester à Balmain. Entre autres.

 Aujourd'hui

C’est ainsi que lors de notre visite, il évoquait une probable collaboration avec Anthony Vaccarello. Et une autre, sans doute, pour Jean Paul Gaultier. En last minute, comme souvent. « Il faut travailler vite. Les accessoires, ce sont les dernières choses auxquelles pensent les créateurs. » Celui qui a réussi, sans jamais verser dans la revendication –« je ne veux pas forcer les gens, la fourrure, on l’aime ou pas, c’est comme ça »- à rendre trendy le rigoureux travail de la peau a pourtant un regret. De n’avoir pas de relève. Evidemment, des mains en or et âmes à peaux, il en a croisées, dans son atelier à l’ombre du Palais de Justice. Mais pas qui ont osé se lancer dans une vie hasardeuse comme l’est celle d’un artisan, aujourd’hui. Et, quittant la maison de maître à deux pas du Sablon, où il officie depuis un quart de siècle,  on se dit dire qu’on vient de rencontrer un tout grand de la mode made in Belgium. Comme il en reste peu. Un de ceux qui connaissent, par les mains et l’instinct, là où se cache le beau.

 

Isabelle Plumhans


En collaboration avec

WBDM s'associe à Belgian Boutique pour promouvoir et diffuser la créativité et le talent belges à l'international.

Pour découvrir plus d'articles sur la créativité belge, rendez-vous sur Belgian Boutique.