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Véronique Leroy : L'accent grave. Mode - 21 mars 2016

Jan Welters

Il lui reste une petite pointe d'accent. Comme à tous ces Liégeois qui se sont totalement immergés dans un univers - ici, en l'occurrence, la scène mode parisienne - sans avoir totalement tourné le dos à leurs racines. Portrait de la plus Parisienne des Belges. A moins que ne ce soit l'inverse.   

Elle a étudié au studio Berçot à Paris. "Pour moi quitter Liège, la Belgique, c'était déjà l'aboutissement d'un rêve. Celui de pouvoir enfin tendre vers mon objectif de vie, vers ce métier que je rêvais d'exercer depuis toujours. M'intégrer à Paris n'avait rien d'une évidence, mais j'étais tellement focalisée sur cet objectif que j'ai été patiente. Je voulais y arriver à tout prix." Cette ténacité, on la retrouve à toutes les étapes de la carrière de Véronique Leroy. A l'issue de sa formation au studio Berçot, elle est repérée, puis embauchée par la maison Alaïa. En 1991, elle choisit toutefois de fonder sa maison. Et, si elle décide de le faire à Paris plutôt qu'en Belgique, elle ne renie pas son appartenance à un certain courant belge. "Ce qui me caractérise, c'est justement cette double identité. Ma formation mode est résolument parisienne. Je suis un pur produit de l'école française. C'est cet enseignement qui a défini  la façon dont je crée un vêtement. Quant à mon regard et à mon esprit, il est totalement belge. Une question de décalage, d'ouverture, d'individualité dans la création. L'héritage Margiela sans doute."

Un regard belge
Si Véronique Leroy vit son rêve d'enfant, elle n'en reste pas moins pragmatique par rapport au métier. "L'équipe qui m'entoure joue un rôle clé dans l'élaboration des collections, leur vente, la production... Sans elle, ma maison ne pourrait pas exister. Mes collaborateurs sont stylistes, mais aussi chefs d'ateliers, modélistes, commerciaux. Ils sont passionnés et leur savoir-faire est précieux." Valoriser tous les métiers de la mode pourrait être l'un des chevaux de bataille de Véronique Leroy. Tout comme la remise en questions de certains aspects du secteur. A  propos de l'importance ou non de figurer dans le calendrier officiel de la fashion week, Véronique Leroy tient d'ailleurs le même discours que Jean-Paul Lespagnard, Liégeois d'origine, lui aussi. Comme lui (et sans qu'ils se soient concertés à cet égard), la créatrice ne voit plus vraiment l'intérêt d'investir dans des défilés chers et logistiquement compliqués. "Pour une maison comme la mienne, organiser un show est un investissement colossal. Ce qui est présenté à la presse et aux acheteurs est déjà sur la toile dès la fin du défilé. Quant aux vêtements, ils ne sont en boutiques que plusieurs mois après seulement". 

Entre Belges
Ce décalage énorme et contre-productif incite Véronique à se concentrer toujours davantage sur les photos de ses collections et pré-collections, un travail qu'elle réalise en collaboration avec le styliste belge Benoit Bethume. "Benoit est un ami. Nous avons le même regard sur la mode, mais aussi sur la vie. Sa vision est en phase avec la mienne, mais le fait qu'il soit extérieur à la maison lui permet de donner un nouveau souffle à la collection. Les silhouettes et les looks que nous créons façonnent l'image Véronique Leroy." Parmi les projets de la Belgo-Parisienne, il y a évidemment le développement de sa marque, raison pour laquelle elle a recruté une nouvelle directrice financière l'an dernier. Mais il y a aussi la recherche d'un nouvel espace dans lequel installer sa boutique parisienne. "Depuis la fermeture de l'espace de la rue d'Alger, nous sommes en quête du lieu adéquat. Le rôle d'une boutique n'est pas uniquement de servir de vitrine à la marque. Pour nous, c'est aussi un moyen de comprendre qui est exactement la femme Véronique Leroy. Je crée des vêtements dont les subtilités et les détails de finition sont bien cachés. Pour les percevoir, il faut les essayer et bénéficier de l'information que peuvent donner les vendeurs qui officient dans la boutique ou au sein des multimarques." Cette importance toute particulière qu'accorde Véronique Leroy à l'ensemble de ses collaborateurs atteste une fois de plus de la dimension résolument humaine de son entreprise. Plus totalement liégeoise, ni belge, certes. Mais, à cet égard au moins, un peu tout de même. 

Par Marie Honnay

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