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Sylvain Willenz : " Business, ce n'est pas un gros mot " Design - 10 novembre 2014

Fin d'année chargée pour Sylvain Willenz, omniprésent lors de la dernière Biennale Interieur, au point de manquer de temps pour fêter le dixième anniversaire de son studio.
« Pas grave, sourit l'intéressé. Ca nous laisse un bon moment pour plancher sur les 15 ans... »

C'était une volonté de présenter tant de nouveautés à Interieur ?
Oui, parce que la Biennale est un événement important, or j'avais toujours l'impression de louper le coche. Cette année, j'étais dans le bon timing, avec pas mal de produits à présenter, notamment pour des marques belges, avec qui je travaille finalement peu. Et j'ai vécu de belles premières collaborations avec Durlet et Wild Spirit.

Pourquoi ce retour vers la Belgique ?
J'aime bosser avec des fabricants belges, dont certains sont vraiment très doués, c'est une manière de mettre en avant leur savoir-faire. Et au niveau pratique et communication, c'est plus simple, on ne fait jamais plus de 150 kilomètres.

Vous trouvez moins évident de travailler avec des Allemands ou des Japonais ?
Ça dépend, mais c'est parfois plus difficile. Pour moi, il n'y a pas de recette, chaque produit est l'aboutissement d'un processus différent. En gérer les multiples aspects, dont le relationnel, c'est compliqué mais très enrichissant. L'essentiel reste de s'inscrire dans le projet de la marque, tout en proposant quelque chose de nouveau.

Votre carrière internationale a débuté très tôt, hasard ou ambition ?
Je ne suis certainement pas sorti de l'école en déclarant que j'allais bosser chez Established & Sons et Cappellini. Tout s'est déroulé très naturellement, presque par hasard, même si j'ai une nature ambitieuse.

Cette ouverture vers l'étranger, vous la devez à vos années aux Etats-Unis et en Angleterre ? Vous vous sentez influencé par le modèle anglo-saxon ?
Oui. J'ai toujours eu des modèles comme Jonathan Ive, James Dyson ou Tom Dixon - mon héros !-, tous anciens élèves du Royal College, qui m'ont d'ailleurs poussé à m'y inscrire. En Angleterre, on développe une autre attitude envers les disciplines créatives et l'aspect entrepreneurial, qui est nettement plus appuyé. L'innovation est clé. On accorde aux gens plus de confiance et de liberté, on taxe par paliers ; le système révèle une certaine logique, tandis qu'ici, tout est terriblement compliqué pour les indépendants. Ca nuit à l'esprit d'entreprise et à la créativité.

Vous semblez intéressé par les questions économiques...
Enormément, même si je ne prétends pas être économiste. Je dois vivre de mon métier et le volet commercial fait partie du design. D'un point de vue pratique, une des premières questions que je vais poser à mon client, c'est celle des conditions. J'ai aucune envie que ce soit réglé à la dernière minute, je veux savoir comment je vais vivre des efforts mis en œuvre. Je m'intéresse aussi à l'histoire des entreprises, qui est racheté par qui, qui applique quel modèle. C'est primordial, ça influence l'objet et ma manière d'aborder les choses. Et je trouve personnellement que certaines approches ont plus de mérite que d'autres. Le business, ce n'est pas un gros mot, on peut faire preuve d'humanité.

Après un succès précoce, qu'est-ce qui vous a permis de vous maintenir pendant ces 10 ans d'activité ?
Malgré le côté glamour et effervescent de la réussite, il ne faut jamais se reposer sur ses acquis, rester organisé et concentré. Je me protège en essayant de bien m'entourer et je sépare rigoureusement famille et boulot, même avec mon bureau à la maison. A 17h30, la journée est terminée, tout le monde est parti.

Rétrospectivement, quelles décisions furent déterminantes ?
L'un des plus importants tournants à négocier fut la diversification de notre activité, avec l'ouverture du webshop en 2011. Un autre moment-clé, la refonte du site web, qui est devenu bien plus qu'une façade, mais un véritable outil. Et entre les deux,
la redéfinition de nos trois axes de travail : la production de masse, le moyen volume et les éditions limitées, comme mes créations pour Victor Hunt.

Que peut-on encore vous souhaiter pour l'avenir ? Une collaboration dans la mode belge, ça vous dirait ?
J'adorerais, même si je n'ai pas la prétention d'être un spécialiste. Travailler avec une marque, un créateur, même faire des boutiques, ce serait génial.

www.sylvainwillenz.com

Ecrit par Maxime Fischer

 

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