Retour à la liste complète

Reciprocity. Fragilité, source de dialogue entre design et société Design - 07 août 2018

ph: Denis Erroyaux

Dès le 5 octobre, Liège accueille une nouvelle édition de sa triennale internationale du design et de l'innovation sociale. Plus qu'une vitrine de tendances, ce rendez-vous eurégional s'inscrit dans la philosophie et les valeurs défendues par Giovanna Massoni, directrice artistique de Reciprocity.

TLmag: Vous êtes commissaire d'expositions et consultante dans le domaine du design, tant en Belgique qu'à l'étranger. Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous investir dans ce projet?
Giovanna Massoni: En 2012, lorsqu'on m'a proposé d'organiser pour la première fois cette triennale en tant que directrice artistique, je me suis demandé ce que je pourrais, à titre personnel, rechercher dans ce type d'évènements. Mon but est clairement de proposer une plus-value par rapport à d'autres triennales en me basant, notamment, sur les atouts de Liège. Le principal avantage étant sa position géographique, au cœur de l'Euregio Meuse-Rhin. Cette troisième édition de Reciprocity est aussi l'occasion de capitaliser sur les liens que nous avons tissés avec, entre autres, le réseau d'écoles de la région.

TLmag: D'autant que, vous insistez sur ce point, ce qui vous intéresse dans cette triennale, ce n'est pas tant sa finalité, mais bien le processus dans sa globalité.
G.M.: A fortiori, lorsqu'il s'agit, comme ici, d'argent public, la notion de transparence est fondamentale. Le budget qui nous est alloué pour cette triennale, nous le consacrons aux ateliers et à nos interventions dans les écoles pendant les deux années qui précèdent l'évènement proprement dit. Il s'agit d'un très long processus qui cadre avec notre mission de transmission et d'apprentissage.

TLmag: Ces écoles jouent d'ailleurs un rôle clé dans votre volonté de mettre l'accent sur le design social. Expliquez-nous...
G.M.: Reciprocity n'a pas pour objectif d'être une énième vitrine d'objets. Nous réalisons un travail de terrain à vocation sociale qui s'inscrit dans la réalité des quartiers. Cette forte implication au niveau local n'exclut pas l'idée de faire intervenir le design industriel dans notre approche. Mon but n'est pas de catégoriser le design social, mais bien de montrer que le design, c'est avant tout du concret. En 2018, nous mettons notamment l'accent sur la réhabilitation du site de Bavière. La transformation de cette friche urbaine nous a amenés à travailler avec les habitants des environs, ainsi qu'avec des étudiants en design industriel de Saint-Luc Liège. Suite à nos précédentes collaborations avec cette école implantée dans le quartier, elle propose désormais un cours de design social. Preuve que notre triennale vise à construire le futur sur base de projets existants."   

TLmag: Reciprocity a également une vocation transfrontalière. Or, on le sait, un étudiant, surtout lorsqu'il s'agit d'un futur designer, est amené à bouger et à exporter son travail.
G.M.: Ce qui nous intéresse, c'est la réalité locale et l'énergie eurégionale que nous pouvons exploiter au travers de nos différents chantiers. Comme, par exemple, l'appel à projets que nous avons orchestré avec le Ludwig Forum d'Aix-la-Chapelle autour de la fragilité, un thème qui sera également au centre d'une grande exposition programmée au même moment à la Boverie. Au-delà de cet aspect transfrontalier, nous avons voulu créer d'autres dialogues en faisant se côtoyer designers reconnus et étudiants. Ce qui prime, ce n'est ni l'origine, ni le niveau de notoriété du designer, mais le sens de son projet.

TLmag: Ce thème de la fragilité est au cœur de cette édition et plus précisément de l'exposition Face A Face B. Cette fragilité concerne la limitation du corps humain, mais aussi celle liée au métier de designer.
G.M.: Ce volet de la triennale est né de ma conviction qu'il est urgent de réfléchir à l'aspect très concret de ce métier. En collaboration avec Wallonie Design, nous avons rassemblé 8 designers actifs dans des domaines différents (graphisme, création d'espaces, design industriel...) autour d'une réflexion sur la fragilité d'une profession qui, rappelons-le, n'a pas de statut. Il est capital de se demander comment la faire reconnaître, mais il est aussi important de réaliser que de cette fragilité peut naître une force. Je ne parle pas ici de résilience, mais bien d'une nécessité, après des années de course à la modernité, d'envisager de nouvelles manières d'aborder le design.

TLmag: Vous insistez également sur la notion de questionnement.
G.M.: Jusqu'il y a peu, on avait l'habitude de dire que le travail d'un designer consistait à trouver des solutions à des problèmes donnés. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. Notre société ne repose plus sur des valeurs stables et pérennes. Elle est en profonde mutation. Le 'vivre ensemble' est la seule valeur qui me semble encore utile de défendre.

Interview de Marie Honnay

Arba Esa Geometrie Variable ©Anne Sophie Muller ©Christophe Bustin

La Boverie ©Rudy Ricciotti ©Marc Verpoorten ©Ville de Liege

Lanzavecchia wai no country for Old Men Together Canes

Reciprocity 2015 ©Germain Ozer

Reciprocity 2015 ©Germain Ozer

Plus d'infos

RECIPROCITY, du 5 octobre au 25 novembre 2018. reciprocityliege.be



En collaboration avec

WBDM s'associe à TLmagazine pour promouvoir et diffuser la créativité et le talent belges à l'international. Pour découvrir plus d'articles sur la créativité belge, rendez-vous sur TL Magazine.