Retour à la liste complète

Oki Sato. Nendo, Invisible Outlines. Design - 28 août 2017

Nendo_Portrait Oki Sato (c) Takumi Ota

« Nous avons tendance à percevoir l'existence et la position des objets en suivant inconsciemment leurs contours, et en distinguant les « intérieurs et extérieurs » de ces contours ... L'existence des objets devient floue si leurs contours sont manipulés de différentes manières, ... pour finalement rendre visible leurs contours invisibles », souligne le designer japonais Oki Sato, réputé à l'échelle internationale avec sa marque Nendo implantée entre Tokyo et Milan. Avant son solo show au CID Grand-Hornu, Sato était déjà connecté à la Belgique. Son œuvre d'art préférée, « La Tricherie des Images », peinte en 1928-1929 par l'artiste surréaliste belge René Magritte, reflète son esprit créatif. Bienvenue au CID au Grand-Hornu, où Nendo tient sa première rétrospective majeure jusqu'au 1er octobre. TLmag a eu la chance d'interviewer Sato avant l'été et l'a invité par la même occasion comme Guest Editor de son prochain numéro qui sortira en novembre autour des esthétiques asiatiques contemporaines.

Comment avez-vous identifié le CID au Grand-Hornu comme lieu-dit de votre rétrospective ?
Nous avons visité le CID lorsque mon ami Jasper Morrison y a eu son exposition. La directrice du CID, Marie Pok, nous a offert cette opportunité d'organiser une exposition personnelle sur ce fantastique site du Grand-Hornu (répertoriée sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO).

Tel que défini par Jasper Morrison et son condisciple japonais Naoto Fukasawa, vous sentez-vous appartenant à la génération Supernormal ?
Je ne suis pas sûr de savoir comment les gens me définissent comme créateur, et je ne ressens aucune appartenance à des groupes ou à une génération en particulier.

Quel est le concept derrière votre exposition 'Invisible Outlines' qui définit les objets en fonction de leur métamorphose et leurs contours ?
Le thème concerne les limites, les frontières, la silhouette des objets. Il s'agit de montrer de nouvelles façons de voir les choses et de les partager : soustraire, connecter, toucher, cacher, déplacer, tordre, empiler, envelopper, transformer ...

En 15 ans de pratique, quel a été votre fil rouge dans la conception d'objets et de mobilier qui, chacun à leur manière, ont contribué à produire une forme de «magie» au sein de notre vie de tous les jours ?
J'essaie toujours de créer un temps suspendu et un moment de surprise (!). Il y a tellement de petits moments uniques et cachés dans notre quotidien. Je les révèle en voyant les choses sous d'autres angles.

Quelles ont été vos sources d'inspiration et vos principales découvertes au fil des ans ? Il semble qu'elles soient à la fois matérielles et immatérielles ? J'aime bien d'ailleurs vos Ghost Shadows et Ghost Stories !
Je commence toujours par ressentir de très petites émotions, à réunir des idées éparses qui se traduiront d'elles-mêmes en un objet. Mon processus de conception est toujours le même. Dans mon livre publié il y a quelques années avec Gestalten, "Nendo, 10/10", j'ai tenté d'extraire dix de mes quêtes. Les contours étaient déjà là en première position, suivis de chapitres sur l'erreur, le processus, la multiplication, le lien, la dissimulation, la peau et l'affect, l'équilibre, l'amplification et le pliage.

Vous lisez des livres, écrivez vos idées, concevez et appliquez une approche intellectuelle à vos conceptions?
Je prends naturellement un stylo et esquisse un croquis lorsqu'une idée survient et voit le jour.

Vous jouez beaucoup avec des effets optiques et la réflexion de la lumière, d'une manière très minimale, ce qui impacte sur notre perception. Est-ce une expression de votre culture japonaise ?
Il se peut que cela soit comme vous me le dites. Mais je n'essaie pas de m'exprimer en tant que Japonais, c'est quelque chose que je fais inconsciemment et non pas à dessein.

Vous avez expérimenté, entre autres, les traces de mouvement avec la collection Trace, sur le papier avec Un-printed Material, les hauteurs et les pics des montagnes avec 80 Sheets of Mountains, sur des objets 3D traduits en textile (Objectextiles) avec Jill Sander, sur le verre et l'eau avec le Jellyfish Vase, sur le verre avec Soft, Overflow, Deep Sea ... et bien d'autres encore. Qu'est-ce qui vous amène à explorer ces facettes immatérielles de notre monde réel ?
Oui, j'aime bien explorer les possibilités et le génie des matériaux. C'est une histoire sans fin.

Pourriez-vous mettre en évidence les créations qui sont les plus emblématiques et qui traduisent ce principe de décrire l'invisible pour le rendre visible?
Pour voir les objets sous un jour nouveau, ma démarche est toujours la même. Il est donc impossible pour moi de classer mes créations ou de mettre une préférence sur l'une ou l'autre puisqu'elles découlent naturellement toutes d'un même processus de conception.

Quelle est votre relation avec les galeries d'art et de design telles que Carpenters Workshop et Friedman Benda ? Est-ce que vous évoluez beaucoup dans cette direction d'éditer des pièces uniques ou en séries limitées ? Ou êtes-vous prêt à garder une façon plus démocratique de concevoir pour tous ?
Marc Benda, directeur de Friedman Benda, nous a un jour dit que 'Nendo a un public en constante expansion, son design est un état mental dans lequel tout peut être ré-imaginé et devenir partie intégrante de son univers. Avec chaque projet, Nendo raconte une histoire unique, positive et très pertinente. » Et comme il l'a souligné – ce qui reste d'actualité – , la taille ou le type de projet n'a pas vraiment d'importance.

Comment caractériseriez-vous l'esthétique asiatique en relation avec notre monde occidental?
Les détails sont plus importants dans l'esthétique asiatique, ce qui peut caractériser une partie de notre travail.

Quel est votre projet de «rêve»?
J'apprécie déjà les projets que j'ai avec Nendo, mais je suis toujours ouvert à en développer de nouveaux.

Par Lise Coirier

Nendo Invisible outlines (c) Takumi Ota

Nendo Invisible outlines (c) Takumi Ota

Nendo Invisible outlines (c) Takumi Ota

Nendo Invisible outlines (c) Takumi Ota

Nendo Invisible outlines (c) Takumi Ota

Nendo Invisible outlines (c) Takumi Ota

Nendo

Plus d'infos

Invisible Outlines
Jusqu’au 1er octobre 2017
L’exposition est ouverte de 10h à 18h30 (fermée le lundi)

CID, Grand-Hornu
rue Sainte-Louise, 82
B-7301 Hornu

www.nendo.jp

www.cid-grand-hornu.be




En collaboration avec

WBDM s'associe à TLmagazine pour promouvoir et diffuser la créativité et le talent belges à l'international.
Pour découvrir plus d'articles sur la créativité belge, rendez-vous sur TL Magazine.