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Luc Druez, la fibre du luxe Design - 03 décembre 2014

Designer textile, Luc Druez a brillamment négocié le virage de la Haute Couture à l'architecture, où ses fibres techniques continuent de séduire les plus grands. Son actu, c'est Fendi depuis un an, puis les boutiques Hermès de Taïwan et Moscou pour 2015. Rien que ça.

Vous avez toujours collaboré avec les plus grandes maisons ?
Oui. Dès les débuts de mon activité, je bossais déjà avec la Haute Couture ; teinture, impression, je faisais tout de mes dix doigts. C'était un pur produit wallon destiné aux marques du top, mais cela ne concernait que les vêtements, la partie « studio ». Depuis, je me suis dirigé vers le design et l'architecture, dont les besoins sont très différents. Je travaille d'autres matières et d'autres fibres, en étant plus concentré sur la mise en espace et le rapport du tissu avec la lumière.

Qu'est-ce qui a favorisé votre évolution d'un milieu à l'autre ?
Ce n'est pas l'activité qui me plaisait moins, mais plutôt l'accumulation d'un ensemble de facteurs, notamment économiques : la Haute Couture vieillissante se trouvait en pleine mutation et le prêt-à-porter, même de luxe, disposait de moins de temps et de budgets plus serrés. Il fallait que je trouve une autre démarche et une autre clientèle.

Comment s'est passé cette transition ?
Assez naturellement. L'architecture brasse d'autres quantités de matières et s'est donc imposée à moi comme un secteur intéressant à exploiter. Mes clients étaient constamment à la recherche de produits à la fois créatifs et techniques, que je pouvais leur proposer sur mesure. Le capital confiance grandissant, je me suis vu confier des projets de plus en plus importants, jusqu'à des partenariats de grande envergure, comme celui avec Fendi. Je participe à toutes leurs ouvertures de magasins dans le monde, du corner d'aéroport aux plus grands flagship stores ; chaque point de vente doit être présenté avec les mêmes matériaux, les mêmes couleurs et les mêmes codes. Tout l'environnement est soigneusement étudié, il est censé représenter l'identité de la marque, c'est une belle responsabilité. Ce type de contrat représente un travail assez considérable, mais je suis aussi chargé de mettre au point des pièces de taille plus modeste, par exemple pour Dior Joaillerie. Ces collaborations m'ont permis de rencontrer des gens très créatifs et d'entrer dans leur univers. Des découvertes passionnantes qui se combinent souvent avec certains moyens financiers, ce qui ne gâche rien.

Quelles sont les principales différences entre ces deux secteurs d'activité ?
Quand on travaille sur un défilé, on sait que six mois plus tard, on finira par détester - ou au moins se détourner de - tout ce qu'on vient de réaliser. L'architecture ne connaît pas ce côté cyclique infernal des saisons, chaque décision est mûrement réfléchie. On participe à un ensemble, c'est comme être un instrument dans un orchestre et je trouve ça très exaltant

Ce qui vous oblige à mettre son égo de côté..
Oui, mais c'est assez normal en tant que maillon d'une chaîne. Je suis le fournisseur de matière, qui amène les deux dimensions, le plan. Ensuite, un styliste, un architecte, un photographe ou un sculpteur, va ajouter une troisième dimension pour finir le produit. C'est le paradoxe du textile, il est voué à être transformé et c'est la personne qui le transforme qui signera le résultat final.

Vous courez donc systématiquement le risque de ne pas apprécier le produit fini ?
Ca fait partie du jeu. Parfois, je ne sais pas vraiment ce qu'on fait de mes tissus, on les emmène au bout du monde et je n'en reçois que quelques photos par mail. C'est la limite de ma position en tant que pourvoyeur de matière, je dois garder une certaine humilité. Heureusement, il y a aussi de bonnes surprises. C'était bien plus rude quand je travaillais pour la couture. Il m'est arrivé de recevoir des commandes extrêmement précises, au millimètre près... qui finissaient lacérées en diagonale parce que Jean-Paul Gaultier en avait eu l'idée au dernier moment. Il m'avait fait transpirer pendant de longues heures de boulot, mais son élan créatif avait fini par prendre le dessus. Une expérience très frustrante, même s'il a sans doute eu raison de le faire : c'était très beau sur le podium.

Ecrit par Maxime Fischer.

 

 

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