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Les itinérances de Jean-François Declercq Design - 12 avril 2018

© Mireille Robaert

Parce qu'il occupait la maison-atelier du sculpteur Oscar Jespers et que son architecture moderniste signée Victor Bourgeois l'inspirait tout particulièrement, Jean-François Declercq a décidé de redonner une vie artistique à ce lieu. Aujourd'hui, il y propose des expositions centrées sur l'art et le design dans une approche minimaliste qui n'a, comme limites, que celles – presqu'inexistantes – que s'était fixé le maître des lieux.

Vous êtes devenu galeriste et curateur presque par accident. Comment votre passion pour la création s’est-elle déclenchée ?
À 9 ans, alors que j'habitais encore dans une petite ville du nord de la France, je suis entré dans une libraire pour m'acheter une monographie de Jérôme Bosch. Le début d'une grande passion. Vers 16 ans, à la fin des années 90, j'ai commencé à écumer les magasins de design. Je suis tombé en pamoison devant les lampes Ara de Starck. À partir de là, j'ai commencé une collection qui, au fil des années a pris de plus en plus de place dans ma vie. C'était une sorte d'échappatoire. J'ai collectionné du mobilier en plastique des années 70. Puis, il y a 15 ans, bien avant que ça soit tendance, je suis passé au design scandinave. Juste après, Jean Prouvé est entré dans ma vie...

Au point d'éclipser tous les autres ? 
Mon intérieur était centré sur des pièces de Prouvé, celles de Perriand et de Le Corbusier. C'est avec ce mobilier que je suis arrivé dans la maison d'Oscar Jespers, il y a quatre ans. Je connaissais Victor Bourgeois, l'architecte, mais pas le sculpteur. Après avoir vécu dans un appartement haussmannien, j'avais envie de la lumière qu'on peut trouver dans un atelier d'artiste. Cette maison m'attendait. J'ai signé le compromis de vente en dix minutes.

Pourquoi avez-vous décidé d'ouvrir votre maison aux designers, aux artistes et au public ?
Cette même année, Fréderic Chambre (Piasa) m'a proposé de mettre ma collection en vente. Je me suis senti tiraillé, mais une fois que ma décision a été prise, je n'ai eu qu'un souhait : que tout s'en aille. C'est à cette occasion que la maison a servi pour la première fois de lieu d'exposition. Lorsque la vente a été terminée, je n'avais plus envie de rien, si ce n'est de vivre dans un lieu vide. 

D'où cette idée de combiner lieu de vie et d'exposition ?
Cette solution – vivre avec des pièces d'exposition pendant un mois et demi puis les voir partir – m'a semblé idéale. En trois ans, j'ai organisé treize expositions: onze à l'atelier et trois hors-les-murs. Tout à coup, je passais de collectionneur compulsif à curateur acharné.

Votre première exposition était consacrée à Ben Storms. Un joli démarrage...
En 2015, j'ai accompagné Elsa Sarfati, ma compagne, à la Fiera de Milan. Lorsque je visite une foire ou une galerie, je me sens happé par certains objets. Là, c'était par la table sur tréteaux de Ben Storms en version acier inox miroir. C'était le tout premier objet de design contemporain qui me faisait cet effet-là. À l'époque, je n'avais pas encore de projet de galerie, mais j'ai proposé à Ben de me prêter cette table en prévision d'un shooting pour le magazine AD Espagne qui devait se faire quelques jours plus tard à la maison. Dans la foulée, j'ai lui ai proposé d'exposer à l'atelier dans le cadre de Design September.

Cette exposition coïncidait en quelque sorte avec un anniversaire...
Quand j’ai inauguré l'Atelier Jespers, la maison était fermée au public depuis 45 ans. Pendant quatre décennies, elle avait fait office d'atelier de sculpture. Elle a ensuite eu une affectation industrielle avant de redevenir, avant mon arrivée, une maison strictement privée.

Organiser des expositions chez soi, c'est un vrai parti-pris. Qu'est-ce que cette expérience vous apporte ?
Lorsqu'on est collectionneur, c'est comme si on avait des œillères. Ce qui me fait vibrer dans mon activité actuelle, c'est de devoir tout le temps me remettre en question. Et comme, d'emblée, je n'ai eu envie de ne dire ‘non’ à aucune opportunité, les choses se sont enchaînées très vite.

Parlez-nous du projet Itinérance. Dans quel contexte s'inscrit-il ?
En marge des expositions que j'organise à la maison, j'ai vite senti que j'avais besoin de bouger. L'an dernier, à l'invitation des organisatrices d'Art Elysées à Paris, j'ai monté la première édition du projet #Itinérance autour du travail de 13 designers belges. Je suis frappé par l'énergie créative qui se dégage de la jeune génération de créatifs que je croise à Bruxelles en ce moment.

Ce mois-ci, après deux autres Itinérances, à Bozar et dans le cadre de la première édition de Collectible à Bruxelles, vous en proposez le quatrième opus baptisée New Archaïsme.
Ce sera dans le cadre du MiART de Milan. J'y proposerai des pièces signées par cinq designers belges et contemporains qui questionnent le rapport au temps : Room Design, un duo de designers géorgiennes, ainsi que les sculptures/performances de Conrad Willems ou encore les tapisseries du Studio Krjst. Mon intérêt pour ce type de pièces est le fruit d'une évolution personnelle. Au fil du temps, j'ai développé un intérêt croissant pour la fonctionnalité au détriment de l'esthétisme pur. Un jour, j'ai dit à ma compagne, par boutade, que j'allais finir par acheter du mobilier moyenâgeux. C'est presque ça. Ce qui me fascine, dans ces pièces, c'est l'aspect brut de pièces taillées à la gouge et l'utilisation de techniques anciennes.

2018 semble être « votre année »…
C'est une année charnière en tous cas. Celle où je compte faire un premier bilan. Je suis quelqu'un qui s'ennuie très vite. Tout ce que je fais résonne comme une urgence. Ce que je veux ? Me sentir vivre.

En avril, Jean-François Declercq propose Twist in Time dans le cadre d'Art Brussels, une mise en parallèle d'objets usuels et d'œuvres d'art majeures de Koons, Basquiat, Bacon..., mais aussi Itinérance#4 au MiART de Milan, du 13 au 15 avril. Tout au long de l'année, les expositions s'enchaînent également au sein d'Atelier Jespers avec, en septembre prochain, une exposition consacrée à Eric Mestre durant Design September et, en novembre, une autre dédiée à l'œuvre de l’architecte moderniste Le Corbusier.

Par Marie Honnay

© Cédric Verhelst The fourth edition of Itinérance will also be the opportunity to discover the strange constructions of Belgian Conrad Willems.

© Serge Anton The house before the Atelier Jespers project, memories of a collector’s life

© Serge Anton The house before the Atelier Jespers project, memories of a collector’s life

©Guam Kapanadze Room Design, a Georgian duo, will be exhibited at the miart fair in Milan during #Itinérance4

©Filip Dujardin The façade of the extraordinary house by Belgian architect Victor Bourgeois

©Filip Dujardin Tables by Belgian designer Ben Storms, the first artist to be featured since the creation of the Atelier Jespers

Plus d'infos

atelierjespers.com



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