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Le designart d’Alexis Ryngaert. Design - 23 février 2017

La galerie bruxelloise Victor Hunt est considérée comme une référence en matière de design contemporain.  À juste titre. Son fondateur, Alexis Ryngaert aime dire qu’il était « un gosse » lorsqu’il s’est décidé à concrétiser son désir de promouvoir le travail de jeunes designers et de partager sa passion pour des pièces exigeantes, uniques et de grande qualité.  Aujourd’hui, ses choix séduisent les amateurs de « designart » du monde entier. Des choix de cœur, uniquement.  En parallèle, Alexis est le propriétaire de The Game, un design store situé au centre de Bruxelles, dont la volonté est de proposer à tous des pièces originales et abordables.

Vous dites que le design vous a trouvé, un peu par hasard.  Quelle est l’histoire de cette rencontre ?

Le design industriel comme il existait dans les années 80 et 90 m’intéressait mais ne me passionnait pas.  En 2007, j’ai commencé à voyager après mes études et j’ai eu l’opportunité de rencontrer des designers qui avaient le même âge que moi. Ils dépassaient les limites et développaient dans leurs projets une véritable dimension artistique. Ce fut le coup de foudre.  Et c’est plutôt tombé à point. À cette époque, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire de ma vie. J’ai commencé à acheter quelques objets, je les ai vendus, au fur et à mesure, j’ai servi d’intermédiaire à ces designers qui m’avaient tant séduit. Avec ces designers, j’ai beaucoup discuté des défis qu’ils rencontraient au quotidien. Peu d’entre eux parvenaient à développer un vrai rapport d’égalité avec les galeristes. De plus, de nombreuses galeries exposent des œuvres de très haut niveau mais, quand un jeune designer débute, il n’a souvent pas les moyens de  produire 5 pièces qui coûtent chacune 3000 ou 5000 euros. Moi, j’avais les moyens. Peu à peu, j’ai pensé à financer la production d’édition, notamment avec Maarten de Ceulaer. Nous avons produit à Anderlecht des œuvres qui se vendaient à travers un réseau international. Je me suis introduit dans ce petit monde de façon très organique et naturelle.  Nous avons ensuite évolué, nous avons appris de nos concurrents et de nos designers, et nous avons fait des choses différentes de manière autodidacte.

Qui sont les designers qui vous ont donné le déclic ?

Tout a commencé par une exposition de Kwangho Lee que j’ai vue au Japon. J’ai été fasciné par ce besoin de transformation de matières de base pour arriver à un résultat inattendu. Je trouvais cela terriblement intéressant. Et puis, il y a eu une cascade de rencontres, avec notamment, Maarten Baas et  Julien Carretero.  J’ai aimé leur travail et cela a provoqué en moi de nombreuses envies. Pour moi, ce qui est important, c’est le sensoriel. C’est l’émotion qu’on cherche au-delà de l’esthétique. C’est la poésie qui m’attire, la beauté n’en est qu’une petite partie.

Vous parlez de « designart », qu’est-ce que cela signifie exactement ?

C’est une sorte de zone grise.  Chez moi, on ne verra pas de tableau, ni de sculpture. C’est très proche, j’en conviens, mais on ne s’éloigne pas du design. La priorité reste le développement de projets et la transformation des matières.

Les designers avec qui vous travaillez viennent d’horizons très différents.

C’est vrai. Je travaille actuellement avec une douzaine de designers dont deux sont belges. Ce qui m’intéresse, c’est le talent et la qualité. En Belgique, il y a de nombreux designers qui possèdent ces qualités. Le travail accompli avec eux est un vrai travail d’équipe. On démarre le projet de zéro et on va, ensemble, améliorer le produit, chercher les meilleurs artisans et être présent lors de toutes les étapes de la vie de l’œuvre, jusqu’à ce qu’elle trouve sa place à New York, au Moyen-Orient ou ailleurs. Nous disposons d’un centre de production à Malinnes où les designers peuvent travailler. Notre job, c’est de prendre en charge tous les côtés pénibles de la production. Ça libère du temps pour le designer qui peut se consacrer à 100 % à sa création. On accélère le travail et on peut livrer rapidement des clients. Nous disposons d’un super carnet d’adresses qui nous permet de travailler efficacement. 

Est-ce vous qui contactez les designers ?

Oui. Je dois pouvoir leur apporter quelque chose.  Mes choix sont instinctifs, mais ils se portent vers des personnes qui ont besoin de moi pour faire connaitre leur travail et évoluer.  Il faut aussi que ce soit le bon moment dans leur carrière, qu’ils aient du talent mais qu’ils n’aient pas encore de grande reconnaissance. Alors, nous les aidons à montrer leurs créations au monde et surtout aux clients qui ont les moyens d’acheter leurs produits.  Il y a beaucoup de paramètres sensibles à appréhender. Parfois, je suis conscient que soutenir un projet ne va pas me rapporter grand-chose mais je le fais quand même. Lorsque j’adore le projet, ce n’est pas un investissement stupide.

En parallèle à votre activité de galeriste, vous avez ouvert The Game, un design store situé au cœur de Bruxelles. Pourquoi cette envie ?

Parce qu’il y a des amateurs de design contemporain qui n’ont pas les moyens de s’offrir des pièces exposées à la galerie. Parce que j’étais frustré de ne pas trouver facilement certaines pièces à Bruxelles. Et parce que j’ai envie de partager ma passion. Comme dans la mode et dans l’architecture, derrière tout objet, il y a une personne. Et je trouve cela intéressant qu’on puisse la connaître. Venez vous balader dans le magasin et on vous expliquera l’histoire de telle chaise ou de tel bol. C’est aussi une manière pour moi de mettre en valeur le travail de designers qui ne sont pas présentés à la galerie, et de promouvoir des talents belges comme Marina Bautier ou Chevalier Masson. 

Par Estelle Toscanucci

Victor Hunt

Victor Hunt

The game

The game

The game

The game

Plus d'infos

Victor Hunt Designart dealer
Rue E. Claus 51
B-1050 Bruxelles
jeudi-samedi de 12h à 18h
durant les périodes d’expositions

www.victor-hunt.com

The Game
Boulevard Anspach, 123
B-1000 Bruxelles
+ 32 (0) 2 503 44 18

mardi-samedi de 11h à 19h

www.the-game-online.com



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