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Laurent Dombrowicz, monde de mode Mode - 03 mai 2016

La mode n'existe pas sans ceux qui font les vêtements. Pas non plus sans ceux qui inventent des mondes autour de ces mêmes vêtements, leur donnant parole et vie. Le fashion editor Laurent Dombrowicz est de ceux-là.

Dans la sphère mode, Laurent Dombrowicz est un homme à part, à l’identité multiple. Par son activité, d’abord, puisqu’il troque quelquefois sa principale casquette, celle de styliste – ou d’« homme d’images » comme il se plait à se nommer- pour jouer des mots en tant que journaliste, ou prodiguer ses conseils à des marques telles L’Oréal ou des griffes comme Filles à Papa, Nina Ricci ou Manish Arora. Par son parcours et son approche de la mode, ensuite, puisque, formé en réalisation à l’INSAS, il s’inspire du 7ème art pour élaborer les sets sur lesquels il travaille. « Dans la mode, ce qui m’intéresse avant tout, c’est le potentiel image, le type de narration qu’une collection suggère, nous confie à ce propos ce liégeois d’origine.  Le côté « vêtement » est pour moi secondaire dans de nombreux cas. ».  

La mode, ce tout

Celui qui estime « tout est mode et que la mode est dans tout» débute son métier à 23 ans, en collaborant en tant que styliste aux pages du Weekend L’Express. Une collaboration qui annonce celles, prestigieuses, et largement hors frontières qui ont suivi, de Citizen K à Vogue Koréa, en passant par Glamour Italia ou Elle India. Entre autres. La mode qu’il aime, il la découvre, dans les années 80, au fil des pages de The Face–magazine culturel britannique largement innovant, aujourd’hui disparu. « Tout me semblait coïncider avec mes envies, notamment le goût pour l’excès et pour la typographie. Il s’agissait d’un « beau » venu d’un autre monde, mais d'un monde à portée de main, explique-t-il ». Une mode comme un monde. Ou comme un pouls du monde, d'une époque. Rapide, le pouls. Rapides, comme les shootings photo, qui, si ils rappellent à l'ancien étudiant de l'INSAS le travail d'équipe des plateaux de cinéma, s'en distinguent par leur rythme, loin de la lenteur solitaire et angoissée des tournages de films.

Ensemble

Un reste de sa formation ? Le travail d'équipe est cher à Laurent. « Habiller des mannequins (ou les déshabiller) ne m’a jamais procuré de sensation particulière. Par contre, à partir de la définition d’un thème -qu’il soit imposé par une rédaction ou que ce soit une envie personnelle-, tous les choix qui déterminent l’esthétique me semblent primordiaux, et en premier le choix d’un photographe ou d’un maquilleur.» Sans doute parce que l'ancien étudiant en ciné qu'il est connait la lumière, et qu'il peut discuter avec le reste de l'équipe température de couleurs, choix d'optiques, ou contre-jour. Et ce, en dépit de l'évolution des techniques et de la suprématie du digital. Une polyvalence d'approche et de vocabulaire qui fait sa force et qui se retrouve dans sa double casquette mots et images. «  Je sais que très peu de personnes manient à la fois le verbe et l’image, comme si il s’agissait de langues étrangères ou de personnes qui ne doivent pas se fréquenter, concède-t-il. Moi, c’est dans ce voyage permanent entre ces diverses disciplines que je trouve mon équilibre. Certains projets se traduisent en stylisme, d’autres en direction artistique, d’autres en accompagnement global, d’autres en décryptage. Il est vrai que nous vivons dans un monde de spécialistes, et c’est vrai pour la mode. Mais voir le monde avec des oeillères n’a jamais fait avancer les choses. »

Belge, et plus

Une absence d'oeillères qui selon lui caractériserait le mouvement belge de la mode. Car, à ce sujet, Laurent Dombrowicz est intransigeant. Il n'existe pas de mode belge. Mais il existe bien une façon belge d'être à la mode, teintée de cynisme, de « cette faculté de dire que tout peut exister. D'affirmer qu'on peut voyager entre le rien et le tout. » Une ouverture qui caractériserait les créateurs d'ici, « juxtaposition d’individus dans une suite apparemment hétéroclite mais réunis par leur talent à bousculer les certitudes. » Une ouverture qu'il a à coeur de transmettre à ses étudiants, à Atelier Chardon Savard, école parisienne de mode & communication visuelle. Des étudiants auxquels il apprend « Qu’il faut ouvrir les yeux, que la mode se vit à temps plein, 24 heures sur 24 et 7jours sur 7. Qu'elle n’est pas centre d’intérêt comme un autre. Que quand on aime la mode, on vit la mode, on la respire. » Et, de citer Diana Vreeland « Car l'oeil doit voyager »....

 

Isabelle Plumhans

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