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Kidnap your Designer. Leçon de graphisme durable. Design - 13 décembre 2017

© Laetitia Bica

Caroline Dath est Liégeoise. Damien Safie, son complice, originaire du nord de la France. Depuis plus d’une décennie, ils œuvrent ensemble au développement d'un studio graphique qui, bien qu'empreint d'une certaine belgitude, fuit les clichés et les raccourcis commerciaux. Nous les avons rencontrés dans leur studio, un lieu inspirant, caché au fond d'une cour, rue de Flandre à Bruxelles.

Vous avez fêté les 10 ans de votre studio l'an dernier. En 2006, comment vous est venue l'idée de lancer votre business ?
Caroline Dath : J'ai planché seule sur ce projet pendant mes études à l'École de Recherche Graphique de Bruxelles (ERG). C'est d'ailleurs là que nous nous sommes rencontrés, Damien et moi. J'avais le concept, le nom du studio et quelques clients, mais je savais déjà que je voulais m'associer. J'avais besoin de confronter mes idées, de créer des échanges. 

Et ce nom, que signifie-t-il, au juste ?
C. D. : Il m'est venu assez spontanément. J'ai eu un flash (elle rit)... Plus concrètement, il fait référence au moment précis où un client décide de collaborer avec nous, un moment charnière qui va forcément impacter sur la suite de l'aventure.
Damien Safie : Nous accordons une grande importance à l'instauration d'un espace de création agréable et à la construction d'une relation privilégiée avec nos clients. Pour nous, un bon design doit être réfléchi en amont. Nous ne proposons jamais de solutions toutes faites. Tout est sur-mesure. D'où l'importance de prendre le temps de comprendre l'univers du client, le contexte de son projet.

Qu'entendez-vous par contexte ?
D. S. : On se documente beaucoup avant de produire quoi que ce soit. Cette phase de préparation fait partie intégrante de notre processus de travail. Nos projets s'étalent sur quelques semaines lorsqu'il s'agit d'événementiel, et plusieurs années, quand nous planchons sur des projets de signalétique (les étiquettes, panneaux et informations à destination du public installés dans les théâtres ou les musées, ndlr.), un volet de notre travail que nous explorons depuis peu et qui nous passionne.

Est-ce pour vous une manière de développer le studio ?
D. S. : Oui, mais surtout de ne pas s'ennuyer. Nous cherchons à trouver le juste équilibre entre nos projets de création d'identité visuelle, l'événementiel, les missions éditoriales et le volet signalétique.
C. D. : Les collaborations sont également très importantes pour nous. Cette notion d'échanges et les synergies qu'elles entraînent sont essentielles.

Parlez-nous de ces synergies...
C. D. : Au niveau national, comme nous travaillons pour des bureaux d'architecture, nous avons été amenés à plancher sur la signalétique de musées et d'institutions culturelles. À Charleroi, notamment où nous avons été choisis dans le cadre du nouveau Palais des Beaux-Arts. À l'étranger, dans le contexte de marchés publics, sauf si vous collaborez déjà avec des acteurs locaux, il est difficile de se faire une place. L'univers du design graphique est assez protectionniste. Il y a quelques années, nous avons eu la chance, grâce à des contacts noués sur place, de créer l'identité visuelle de la Panacée, un centre de culture contemporaine installé à Montpellier.

En parlant de collaborations, vous avez également créé le collectif We Are Graphic Designers. Dans quel but ?
C. D. : Il y a six ans, nous avons eu envie de nous associer à d'autres studios pour, d'une part, faire valoir nos droits dans le cas d'abus (des appels d'offres non rémunérés ou encore des concours ‘sauvages’ qui ne respectent pas le travail des studios) et, d'autre part, promouvoir la qualité du design graphique et son côté artisanal, par le biais d'expositions. Mais à ce niveau-là, tout est encore à faire.

We Are Graphic Designers est un collectif belge. À l'échelle du studio, la belgitude est-elle un concept qui vous parle ?
D. S. : Il faut savoir que la scène graphique belge est très petite. Difficile, à mon sens, de vraiment identifier une patte belge. Sauf peut-être dans une certaine attitude et dans l'économie de moyens. Pour pallier le manque de budgets, nous utilisons des armes très belges: l'humour, le décalage et certaines références au surréalisme.

Qu'est-ce qui vous inspire ? Et quels sont aujourd'hui les pays prescripteurs en termes de design graphique ?
C. D. : Nous nous sentons proches de l'art contemporain, conceptuel notamment... Nous suivons le travail de l'artiste belge Francis Alÿs, du Hollandais Helmut Smits ou encore de Lucille Calmel, une artiste numérique et performeuse avec laquelle nous travaillons d'ailleurs sur un livre. Quant aux pays qui donnent le ton, nous apprécions ce qui se fait en Suisse, aux Pays-Bas et, depuis peu, en France.

Les projets se suivent sans se ressembler, mais ce qu’il en reste, c'est une patte, votre signature. Comment la définiriez-vous ?
D. S. : La typographie est très présente dans notre travail. Notre graphisme peut être vu comme brut et assez radical. Nous avons aussi des affinités modernistes. Pour nous, le message est tout aussi important que la forme. Dans nos projets, l'un comme l'autre sont d'ailleurs porteurs d'une certaine symbolique.
C. D. : Derrière un projet qui semble très minimal, il y a beaucoup de recherche tant sur la composition que sur la disposition des éléments graphiques. Nous réfléchissons aussi à la finalité des projets qu'on nous confie. Il y a quelques années, lorsque WBDM nous avait demandé de plancher sur des supports de communication (dossiers de presse, flyers,..) dans le cadre d'une présence belge à la Design week de Milan (un projet interrégional sous le label Belgium is Design, ndlr.), nous avons remis en question leur demande originale pour tendre vers un projet moins gourmand en papier et donc plus écologique. Nous avons simplifié le projet autour d'un simple anneau qui symbolisait la mise en commun des talents mode du nord et du sud du pays. L'idée, c'était de créer un objet ludique, esthétique et en phase avec les besoins des journalistes.

L'écologie, c'est tendance. Beaucoup plus qu'il y a 10 ans ! En comparaison avec vos débuts, les idées et les techniques ont-elles changé de manière fondamentale ?
D. S. : Je ne parlerais pas de changements technologiques. Ce qui est différent, ce sont les moyens de diffusion. Internet et le boom des smartphones ont changé la donne. On imprime moins...
C. D. : Dans le secteur de l'événementiel, l'ère des flyers est bel et bien finie. Nos clients sont donc à la recherche de produits plus qualitatifs, plus de niche. D'où l'importance de développer des objets graphiques avec une vraie plus-value, des supports très étudiés et originaux que les gens vont avoir envie de conserver.
D. S. : Notre processus de recherche reste, quant à lui, centré sur l'échange et sur un travail plus expérimental qui nous est propre et qui définit notre style de manière plus globale.$

 

Par Marie Honnay

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© Jérôme Van Belle

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