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Éric Beauduin x ESPÈCES. Exploration de la maroquinerie upcyclée Mode - 20 juillet 2018

Éric Beauduin

Il y a 15 ans, parce qu'il se passionne pour le tailoring et la construction d'un vêtement, Eric Beauduin (un créateur sorti de la Cambre) se lance dans la création de sacs en cuir upcyclé. Depuis cinq ans, sous le label ESPÈCES, Marie Artamonoff  et Sébastien Lacomblez (respectivement formés en bijouterie pour elle et en art digital pour lui) développent des bijoux qui repoussent toujours plus loin la conception classique de l'accessoire. En juin dernier, dans le cadre de la Fashion Week Homme de Paris, ils ont croisé leur univers. Naïve, le projet né de cette rencontre, traduit parfaitement l'essence de leur démarche esthétique.

TLmag: La base de Naïve, ce sont trois masques néo-africains en cuir incrustés de pièces métalliques et de  perles. Comment est né ce projet?
Éric Beauduin: Marie et moi sommes régulièrement en contact. Lorsqu'on travaille seul, c'est important de créer ce type de rencontres, voire de collaborer sur un projet commun. Le tout est de s'associer avec des personnes qui partagent la même vision esthétique. Ces collaborations me permettent de développer une réflexion esthétique plus large, essentielle si on veut continuer à avancer dans sa pratique.
Marie Artamonoff: C'est une bulle d'air qui nous pousse à sortir de notre domaine d'expertise. Avec ESPÈCES, on a toujours aimé explorer d'autres domaines que celui du bijou.

Qu'est-ce qui vous relie?
Du fait qu’ils travaillent avec des cristaux, des perles, des squelettes d'animaux, bref des éléments ancrés dans la réalité, l'approche d'ESPÈCES me plait. Dans leur travail comme dans le mien, la matière est centrale.
MA: Nous avons collaboré environ quatre mois sur ce projet. La mise en commun de nos techniques s'est faite tout naturellement en avançant par petites touches. Chacun de ces trois masques traduit une étape dans l'évolution de notre marque. Nos premières pièces étaient centrées sur des ossements. Puis, nous avons travaillé sur base de minéraux moulés. La dernière collection est quant à elle basée sur la perle.

Ces masques sont une vitrine de vos collections respectives. Au-delà de leur dimension artistique, jouent-ils un rôle clé dans votre stratégie commerciale?
J'ai toujours été partisan de créer une image forte autour de mes collections. L'époque des showrooms uniquement centrés sur le produit est bel et bien révolue. Elle ne m'intéresse d'ailleurs pas vraiment. Marie et moi avons voulu créer un lieu qui soit à la fois un showroom dédié aux acheteurs, mais aussi une galerie/boutique.

Cet espace hybride, c'est aussi le reflet d'un secteur en pleine mutation. Comment envisagez-vous votre évolution commerciale?
Si nous sommes à Paris, c'est évidemment pour rencontrer des acheteurs internationaux, mais le marché est de plus en plus concurrentiel. À l'origine, nous étions majoritairement distribués dans des concept stores de luxe. Ces magasins offrent une belle visibilité, mais en termes de ventes, ce n'est pas ça... Je crois davantage aux bijouteries de niche, comme Wild Bird à Paris, qui offrent un nouveau regard sur le bijou contemporain. Par le biais de nos voyages, mais aussi des réseaux sociaux, nous sommes de plus en plus facilement en contact avec des particuliers qui aiment nos bijoux. D'où notre volonté de lancer très bientôt notre boutique en ligne.

Cette approche hybride de la distribution, c'est donc un passage obligé?
Ces dernières années, j'ai lancé un e-shop, réaménagé ma boutique de Bruxelles et initié plusieurs collaborations. Je m'inscris donc totalement dans ce courant. Ce qui est amusant, c'est que cette idée d'hybridation, on la retrouve aussi dans mes accessoires. L'un des sacs que je vends le mieux en ce moment, c'est un convertible qui se porte au dos et à l'épaule. Dans ma dernière collection Surface, je le propose en cuir d'agneau noir. 

Dans l'approche ESPECES, on retrouve également ce côté hybride...
Notre source d'inspiration première, c'est la nature. Cette fois, nous avons eu envie d'explorer la perle de Tahiti que nous avons associée à un fil d'or jaune rond ultra minimaliste. Ce mariage permet à la perle de s'exprimer pleinement. En apparence classique, elle affiche, de par sa couleur, un petit côté pop qui nous plait beaucoup. Côté formes, j'ai développé des pièces qui revisitent la manière dont on porte le bijou : les bagues flottent sur le doigt, les bracelets ne font plus qu'un avec le dessus du poignet et les boucles d'oreilles habillent le lobe de manière non-conventionnelle.

Votre approche est à la fois contemporaine et très artisanale. Voyez-vous un intérêt croissant du public pour ce type de produits?
Je pense que les goûts des gens sont en train d'évoluer, mais très lentement. Notre travail repose sur une maitrise technique très poussée, mais ce qui doit primer, c'est évidemment le coup de cœur esthétique...
EB: La simplicité, c'est ce qu'il y a de plus difficile à atteindre. Dans mes sacs, chaque détail compte. Lorsque je transforme un ancien vêtement pour en faire un accessoire, je dois tenir compte de la structure du cuir, de sa couleur, de son épaisseur... Le cuir est une matière qu'on ne peut pas forcer. Pour obtenir un sac qui soit à la fois beau, solide, confortable et pratique, on doit dompter la matière, puis la façonner. Je m'y attèle depuis quinze ans. Le principal avantage de l'accessoire – par rapport au vêtement –, c'est que dans notre monde tellement standardisé, il permet de personnaliser un look. C'est un antidote à l'uniformisation de la mode.

Interview de Marie Honnay

ESPECES - (c)Laetitia Bica

ESPECES - (c)Laetitia Bica

ESPECES - (c)Laetitia Bica

ESPECES - (c)Laetitia Bica

(c)Eric Beauduin - (c)Espèces

(c)Eric Beauduin - (c)Espèces

Naive - (c)Eric Beauduin

Naive - (c)Eric Beauduin

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