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Design Generations, notre quotidien s'expose au musée Design - 15 juin 2018

Denis Erroyaux / ADAM

Design Generations, l'exposition de Wallonie-Bruxelles Design-Mode (WBDM) dans le cadre de la cinquième édition d'Intersections, la biennale de design contemporain de l'ADAM (Brussels Design Museum), offre un regard didactique, éclairé, mais pas barbant sur l'essence-même du design. Rencontre avec Arnaud Bozzini, directeur de l'ADAM et Giovanna Massoni, commissaire de l'exposition.

Si le design fascine un public de plus en plus large, beaucoup de gens avouent avoir du mal à cerner ce qu'il représente. Cette exposition a-t-elle la vocation de les aider à y voir plus clair ?
Arnaud Bozzini : Notre but est en effet d'insister sur l'ancrage du design dans notre vie de tous les jours. L'idée de cette exposition qui rassemble 10 studios belges basés à Bruxelles et en Wallonie, est de souligner le fait que le design, ce n'est pas de l'art. Notre propos n'est pas de questionner l'idée du beau ou du laid, mais de mieux comprendre comment il s'inscrit dans nos vies. Design Generations n'est pas une foire ou un salon. Notre mission, c'est d'expliquer ce qu'est le design d'aujourd'hui en faisant dialoguer des pièces du passé et des créations contemporaines.

Cette idée de dialogue - que vous avez orchestrée, Giovanna - est l'une des forces de ce rendez-vous. Expliquez-nous.
Giovanna Massoni : Le mot dialogue est en effet fondamental. Design Generations ne traite pas du design dans une approche fonctionnelle ou commerciale. Nous avons au contraire voulu faire réfléchir les 10 participants au sens-même du design. On a souvent tendance à dire qu'en la matière, tout a été créé. Il était donc crucial de pousser plus loin le questionnement en les invitant à contextualiser leur travail. Nous avons voulu donner du sens à un métier finalement difficile à cerner et montrer qu'au delà du star-system qui y est trop souvent associé, cette profession joue un rôle social majeur. Le design est un témoin de notre époque et doit le rester.

Pour cette exposition, vous avez collaboré avec Wallonie Bruxelles Design Mode (WBDM). Pourquoi ?
A.B. : Lorsque nous avons commencé à organiser cette biennale en 2009, elle avait lieu dans le cadre de l'Atomium. À l'époque, je consultais déjà les responsables de WBDM et du Grand-Hornu. Aujourd'hui, elle s'inscrit dans le cadre d'un musée. Nous nous devons donc de proposer une vitrine la plus complète possible du design belge actuel.
G.M. : Cette collaboration avec WBDM est intéressante dans le sens où, parmi les dix noms sélectionnés pour cette exposition, nous ne nous sommes pas limités à l'univers du mobilier. Certains designers sont actifs dans le secteur textile, comme 42|54, la marque sportswear d'Olivia Borlée et Élodie Ouedraogo. Nous leur avons aussi laissés 'carte blanche' quant au choix d'une pièce issue de la collection permanente du musée qu'ils souhaitaient faire dialoguer avec leurs propres créations, pas forcément récentes, elles non plus. Certains ont sélectionné des chefs-d'œuvre, d'autres des objets du quotidien qui les ont touchés.

À cette dimension passé/présent, vous avez intégré la notion de futur ?
G.M. : L'agence Dog Studio, en charge de la scénographie de l'exposition, a choisi de présenter la vision des dix designers, et plus précisément la manière dont ils envisagent leur activité dans les années à venir, sous la forme d'esquisses projetées sur des écrans. Certaines de leurs réponses sont surréalistes. D'autres se veulent plus terre-à-terre dans l'idée de développement durable, notamment. Tout cela donne une vision très large de ce qu'est le design.

Les signatures choisies pour cette édition incarnent-elles, selon vous, la réalité du design contemporain ?

A.B. : Ces designers jouissent d'une reconnaissance tant en Belgique qu'à l'international. Dans ce sens, ils s'inscrivent dans une vraie tradition, même si je n'aime pas utiliser ce terme quand je parle de design. Ce que je veux dire, c'est que dès la naissance du design industriel, notre pays a joué un rôle clé sur la scène internationale. Il suffit de citer des noms comme Victor Horta ou Henry Van de Velde pour s'en convaincre. La plupart des studios participants à cette exposition, abordent dans leur travail, des questions fondamentales de notre époque comme, Giovanna vient de le mentionner, la notion de durabilité.

Vous avez également demandé aux participants de proposer des textes illustrant leur démarche. Pourquoi ?
G.M. : Pour inciter les visiteurs à prendre le temps de mieux comprendre leurs différents propos.

Cette notion de temps semble intrinsèquement liée à votre approche.
G.M. : C'est une question qui m'interpelle au plus haut point. De par ma formation, je suis forcément révoltée par cette notion de rapidité ancrée dans notre société qui pousse les gens vers la surconsommation de produits, mais aussi d'images. L'exposition vise à contrer cette approche au travers d'une meilleure contextualisation du design. Si l'on veut protéger cette profession et donner aux objets créés par les designers une vraie valeur en les libérant de cette dictature de l'image immédiate qui va à l'encontre de leur quête d'intemporalité, cette démarche est essentielle. Je crois aussi beaucoup à la nécessité de faire participer les utilisateurs à la réflexion autour de ces objets. Il ne faut jamais oublier que le design est la seule profession qui oblige ses acteurs à interagir sans cesse avec ceux d'autres disciplines et avec le consommateur final. Ce rôle social du design est donc, je le répète, fondamental.

Interview de Marie Honnay

 

Design Generations - scenographie Dogstudio. Photo ADAM

Design Jean-Pierre Vitrac, 1970. Photo ADAM

Jean-François d'Or x Vika. Photo ADAM

The wishes museum - Hoet&Hoet. Photo ADAM

Damien Gernay x Delvaux. Photo ADAM

42/54 athleisure collection. Photo WBDM

Kaspar Hamacher - photo ADAM

Alain Gilles x Evolution - photo ADAM

Alain Berteau for XL Bloom. Photo A.Berteau

LcD Textile Edition - photo Luc Druez

ZReader - IOL Strategic Design. Photo IOL

Sylvain Willenz x Stattmann Neue Moebel. Photo SWDO

Design Generations - affiche

Plus d'infos

Design Generations, an exhibition about experiencing the hidden value of design through 10 Belgian designers.
Alain Berteau, 42|54, IOL, Sylvain Willenz, Luc Druez, Hoet & Hoet, Jean-François d'Or, Kaspar Hamacher, Damien Gernay and Alain Gilles

Du 6.06 au 4.11.2018
ADAM Design Museum
Place de Belgique - Belgiëplein 1
B- 1020 Brussels

www.adamuseum.be



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