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Delphine Quirin - Maille à part Mode - 12 novembre 2015

© Delphine Quirin

Souvent, son rire résonne, franc, quand elle se raconte. Comme pour s'excuser d'un parcours dans lequel la simplicité n'a d'égal que l'authenticité. Spontanée, à la façon de ses collections, Delphine Quirin vend ses couvre-chefs dans de belles boutiques de France, d'Angleterre ou du Japon... mais reçoit ses appels sur téléphone fixe. C'est qu'elle n'a pas succombé aux sirènes de la téléphonie mobile, ultime coquetterie rétro de dame à chapeaux.

« Je n'ai jamais vraiment eu de logique. Je suis une grande angoissée, si je réfléchis trop, je ne fais plus rien. » Du coup, pour Delphine Quirin, c'est petit à petit que les choses se sont mises en place. Au fil de ses intuitions. « Mais en travaillant, ça, oui ! » glisse-t-elle dans un éclat de rire. D'ailleurs, on se dit, à l'écouter, que si sa collection de couvre-chefs qui ne se prennent pas au sérieux a tant de succès, ça doit avoir quelque chose à voir avec ce rire, franc et communicatif. Comme elle. Sans chichi. On oserait un « à la liégeoise » si ce n'était pas doucement cliché.

Bref, il y a chez cette licenciée en histoire de l'art  « contemporain, je ne suis pas très archéologue... » un on-ne-sait-quoi de direct qui correspond à ses créations, bonnets doucement revisités et bandeaux élégamment sublimés. Et son histoire est tout pareil, sans prise de tête. Mais non sans rigueur. Passionnée depuis toujours par les déguisements et chapeaux, la jeune femme, fan de couture, entreprend, après ses études et un détour de sept mois par l'Amérique du Sud, des cours du soir de modiste. « C'était merveilleux, ces chapeaux qui paraissaient impossible à faire devenaient, très vite, très faciles. » Evidence et facilité. L'affaire est lancée. On est en 1996. Sa 'petite entreprise', c'est alors un atelier à la maison, où elle reçoit ses clientes pour du sur-mesure, mariages et grandes occasions. «Mais au bout d'un moment, j'ai eu l'impression de tourner en rond. Je me suis orientée vers la laine, qui permettait davantage de construire le chapeau du début à la fin, ses formes, ses imprimés...Et j'étais frustrée de ne créer que pour des occasions spéciales. Je voulais rendre le chapeau commun, de tous les jours. ». Alors, la jeune femme recherche. Matières -ce sera la laine, essentiellement- et techniques. Jusqu'à cette rencontre, décisive, avec Louisette. Précieuse Louisette qui coud, depuis toujours, sur machine. Louisette qui « lui apprendra tout » de son savoir-faire inestimable. Puis, en 2000, il y aura les salons, à Paris, et, notamment, la commande de pièces par le Bon Marché -qui la suit depuis. « A l'époque, si j'avais su dans quoi je m'engageais, je ne sais pas si je l'aurais fait.  J'étais là,  pas très professionnelle, avec une collection de 16 pièces, en seul turquoise.» Mais il y a, à ne pas en douter, dans cette vérité de présentation, quelque chose qui plait. « On ne pouvait pas mentir avec un beau shooting, ou un bel emballage. Mon produit était là, il parlait de lui-même. »

Depuis, l'aventure se poursuit, à taille internationale. Avec les choix, parfois crève-coeur, que telle ampleur a nécessité.  Abandonner le sur-mesure (depuis, elle le reprend, petit à petit, ndlr) pour se consacrer aux collections. « C'était deux dynamiques différentes. Pour le sur-mesure, il faut être là à 100% près de la personne qui vient se faire conseiller. Et j'étais interrompue par des coups de fil tout aussi importants, pour les collections à livrer. » Fermer son magasin, pour adopter le rythme qui est le sien aujourd'hui, collection d'hiver, salons du printemps, et ouverture de l'atelier à ses clientes en fin d'année. Enfin, ultime positionnement, refuser une commande trop importante à Anthropology, et céder la production à ce dernier pour une collection. « Je suis contente d'avoir pu fixer mes limites. J'ai pu voir jusqu'où je pouvais aller. La dimension artisanale de mon travail est essentielle.» glisse la créatrice, qui fabrique, elle-même, la majorité de ses pièces.  Savoir poser ses limites, bien s'entourer – sa maman gère l'administratif-, et ne jamais perdre la ligne d'authenticité qui fait sa marque. C'est le maillage gagnant de Delphine Quirin qui, des années avant l'essor de l'authentique au royaume du lifestyle, a joué les précurseurs en toute simplicité. C'est ce qui fait sa force aujourd'hui. Chapeau!

Par Isabelle Plumhans

 

© Delphine Quirin

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