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David Szeto, la mode dans la peau Mode - 15 juin 2016

Il est un nom discret d'une mode qui s'écrit en majuscule, un orfèvre des drapés, un magicien de la structure. David Szeto, canadien d'origine chinoise, a fait ses classes à New-York puis pris le pouls du style à Londres et Paris. Il officie aujourd'hui depuis Bruxelles.

Quand on le rencontre, c’est au milieu des tringles qui portent ses créations, dans son atelier saint-gillois, plafond haut et escalier majestueux. "C’est un ancien théâtre" nous glisse-t-il quand nous le questionnons sur les impressionnants volumes du bâtiment. Un écrin en tout cas à son travail délicat et ultra-féminin, robes qui épousent les courbes féminines, imprimés racés et accessoires de caractère. Son travail à lui, c’est sublimer le corps de celles qui portent ses créations, épouser une épaule, souligner un gable. " Un jour, à Londres, j’ai vu une femme enfiler une robe Alaïa dans une boutique. Elle devait faire une taille 42, la robe était sur elle comme une gaine ; ce n’était pas très seyant. Je me suis dit que je ne ferai jamais une telle chose." Alors lui, pour créer, il travaille ses silhouette au corps, sur mannequin. Drape, essaie, recommence, à la recherche de l'épure construite, de la forme parfaite.

Parcours atypique
C’est qu'essayer, recommencer, chercher, persévérer ne fait pas peur à ce discret de la mode. Mieux, ça fait partie de son parcours. Lui qui, tout petit, était poussé par ses parents à exprimer ses goûts vestimentaires, se destinait au dessin animé. Mais à l'école, il suit des cours de couture. Une révélation. " J'ai compris que j'étais doué pour ça. " D'ailleurs, sa soeur lui laisse faire ses devoirs, contre rétribution, puis lui commande des créations, pour elle et ses amies. C'est la naissance d'une passion, celle de la structure, qui ne le quittera plus. On est dans les années 80, au Canada. Le jeune David découvre, dans un article, le travail de Calvin Klein. Une rencontre décisive. "J'ai compris qu'on pouvait plaire en faisant des choses simples. " Il s’envole pour New York, suivre les cours du prestigieux Fashion Institut of Technology, là où Klein a étudié. Un enseignement qui ne lui convient pas vraiment. A lui, l'envie de bousculer les codes et la créativité affichée. Les influences de Galiano ou de Gaultier. Les coups de coeur pour le travail inédit de Rei Kawakubo (Comme des Garçons), ou le patronage parfait de Madeleine Vionnet. A l’Institut, un apprentissage de la création commerciale ; ses innovations zip de métal sur plastique et coton organza, qu’on applaudirait aujourd’hui, n'y sont pas comprises.

Ailleurs solitaire
Diplôme, malgré tout, sous le bras, il tourne le dos au parcours traditionnel et part pour l'Europe.  A Londres, d'abord, où, créativité débridée de eighties, il pense que " tout le monde en rue sera habillé comme Galiano. Mais en réalité la mode y était plus américaine qu'aux Etats-Unis. " Avec sa colocataire, peintre, il perfectionne là son travail sur la couleur et l'imprimé. Puis se dirige vers Paris, " parce que c'est là que tout commence ", où il défile une première fois. Propose l'année suivante une présentation de son travail dans un camion, sur mannequins de bois recouverts de toile de jute. Embarque ses collections sous le bras, pour les présenter lui-même aux boutiques. Farouchement solitaire au départ, comme pour faire seul le chemin qu'il confiera plus tard à d'autres, commerciaux ou attaché de presse. Avec, au fond de lui, cette assurance que ses efforts seront, fatalement, récompensés. Ce sont aussi les premières rencontres, décisives, avec les gens du milieu, qui croient en son travail, le portent, en parlent. En 1994 enfin, toujours à Paris, il lance son label, et s'entoure d'une équipe. Travaille pour une clientèle restreinte d'abord avant d'être vendu aux quatre coins du monde, Barneys à New-York, Selfridges à Londres, ou encore Net-à-porter. Mais lorsque David décide de rejoindre la capitale belge, lassé de l'indolence parisienne qui le freine -les livraisons qui n'arrivent pas à temps, les démarches longues et fastidieuses, le manque de rigueur " typiquement socialiste "- son équipe peine à le suivre. On est en 2010, et il faut se réinventer, encore. Au même rythme, d'abord, avec l'équipe restée à Paris. Puis plus calmement, en équipe restreinte, revoir ses collections et le nombre de clients.

Sans jamais en faire pâtir l'ADN de la marque, exigence de féminité absolue mâtinée de structure travaillée. Aujourd'hui, en 2016, son aventure de création aborde un nouveau tournant. David Szeto s'essaie, avec finesse et exigence, dans le chaussant.  Avec, ce printemps-été, une collection mixte qui comporte encore quelques pièces de corps, puis, à l'hiver, une collection de chaussures seulement. Et le retour, au printemps 2017, des vêtements. Ré-inventer, re-commencer, ré-innover. Un classique, pour David Szeto.

Par Isabelle Plumhans

Plus d'infos

www.david-szeto.com



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