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David & Nicolas x Carine Gilson. Les Daft Punk du design libanais électrisent Bruxelles Mode - 18 juin 2018

Sandra Chidiac

Nous avons rencontré David Moussalem et Nicolas Raffoul dans les ateliers de Carine Gilson, la créatrice belge pour laquelle ils viennent de dessiner une boutique flagship, la première de leur carrière. Nicolas est Libanais. David, son complice, Franco-Libanais.

La marque de fabrique de ce tandem d'architectes basé à Beyrouth: un dialogue entre passé et présent sous le signe des belles matières et de l'artisanat. Leurs influences: un sens de la géométrie très présent au Moyen-Orient, un ancrage européen lié à leur fascination pour l'Art déco et des affinités avec une certaine ‘french touch’ aux accents pop-électro. Ce duo représenté par la prestigieuse Carpenters Workshop Gallery de Paris-Londres et New York ne serait pas opposé à ce qu'on le compare à Daft Punk. Leur réflexion architecturale tout en nuances a, en tous cas, trouvé un écho subtil dans la nouvelle identité visuelle d'une marque belge qui a toujours placé l'intemporalité et l'ultra-raffinement au centre de sa démarche.

TLmag: Vous avez signé des appartements privés et des restaurants, dont le Kaléo à Beyrouth, mais c'est la première fois que vous concevez une boutique. En quoi ce travail était-il différent de vos précédents projets?
David Moussalem: Cette fois, il ne s'agissait pas de mettre notre identité au premier plan comme ça peut être le cas quand on conçoit un restaurant. Pour cette boutique, nous voulions transmettre une émotion et offrir une expérience à chaque client qui entre dans l'espace. Nous ne sommes pas décorateurs, mais bien créateurs d'espaces et de mobilier. Carine aimait l'idée d'un cabinet de curiosités, version contemporaine. Nous adorons les paradoxes. Celui-ci nous a beaucoup inspirés.

TLmag: Carine Gilson, pourquoi avez-vous choisi de travailler avec ces designers?
Carine Gilson: Cette décision est extrêmement murie. Notre premier concept de magasin, nous l'avons imaginé en interne. Pour nous, déléguer ne va pas de soi. Nous aimons tout maitriser. Il fallait que les architectes associés à ce projet le voient comme un échange perpétuel. C'est cette ouverture qui m'a séduite dans leur approche.

TLmag: Quelles valeurs avez-vous en commun avec Carine Gilson?
DM: Nous aimons le travail bien fait, l'artisanat et l'objet lorsqu'il est pensé jusque dans les moindres détails. Les pièces de lingerie créées par Carine sont de l'ordre de l'intime. C'est cette notion d'intimité qu'il nous fallait traduire au travers de matières, de couleurs et d'un emblème créé tout spécialement pour le lieu.

TLmag: Un emblème différent du logo de la marque.
DM: Notre souhait, à la base, était de trouver un moyen de signer chaque pièce du mobilier que nous avions dessiné pour la boutique. D'où l'idée de cet emblème, une aile stylisée en laiton qui vient se déposer délicatement sur les miroirs, les lampes, les armoires ou les sofas et qui se décline également en bouton de porte ou en porte-manteau. Ce sont nos ateliers en Italie qui ont réalisé ce travail d'orfèvre. Le laiton est sculpté avec une précision infinie. Le rendu évoque celui d'une dentelle. Cet emblème architectural permet également d'unifier le langage de l'espace.
Carine Gilson: À ce stade de notre développement de marque, il nous semblait important de nous faire un peu moins discrets, d'afficher notre identité au travers de gestes forts: un nouveau logo, un espace de référence qui puisse influencer l'agencement des deux autres boutiques et cet emblème qui s'est créé petit à petit au fil de notre collaboration.

TLmag: La boutique se veut intime, féminine, surprenante...Comment avez-vous créé ces différentes émotions?
Nicolas Raffoul: Nous avons travaillé sur une palette chromatique délicate évoquant la terre, la peau nue, le blush. Nous souhaitions conserver une certaine neutralité pour laisser la lingerie occuper la place centrale dans la boutique. Les clients doivent se sentir à l'aise, un peu comme s'ils entraient dans l'appartement de Carine Gilson. Les cabines – de grands boudoirs de 8 mètres carrés – au format hors-norme ressemblent à un salon. Cette boutique est un lieu qui invite à la découverte. Les gens vont, nous l'espérons, y passer du temps.

TLmag: Vous avez intégré un mur en travertin dont la froideur s'oppose à la douceur des cabines. Ce jeu de contraste entre le léger et le lourd, l'opaque et le transparent semble vous obséder.
NR: Nous avons en effet aussi intégré du verre pour alléger l'espace et lui permettre de dialoguer avec le velours, le marbre ou encore le laiton. Lorsqu'on arrive aux cabines, le sol en Mortex laisse place à un épais tapis. Cette boutique, c'est un voyage.

TLmag: En parlant de voyage, on a envie de vous demander si, à votre sens, l'approche de la beauté est la même partout. Peut-on parler d'une seule et même vision de la beauté applicable au monde entier?
DM: Pour nous, la beauté n'est pas mondiale, elle est contextuelle. Placer une pièce de mobilier XVIIIe dans un intérieur à Beyrouth n'a pas de sens. Là-bas, on peut en revanche imaginer un meuble en bois aux finitions imparfaites. Ce ne serait pas le cas partout. Pour la boutique de Carine Gilson, nous voulions tendre vers une idée de perfection.

TLmag: Certains meubles créés pour Carine Gilson s'inscrivent dans un rituel précis. Expliquez-nous.
DM: Plier un kimono en soie est un art. Le geste est loin d'être anodin. Le semainier que Carine nous a demandé de créer pour la boutique, nous l'avons placé face au canapé de l'espace salon. Les clients peuvent donc être témoins de ce rituel. Ce cérémonial, tout comme l'odeur du bois ou le toucher du velours, stimule les sens. Nous avons également dessiné un dressing qui renferme l'ensemble du vestiaire Carine Gilson de la saison. C'est une vitrine, une invitation à la découverte.

TLmag: Vous allez également concevoir l'aménagement des boutiques Carine Gilson à Paris, puis à Londres. Un autre défi?
NR: L'idée, lorsqu'on répète un même concept dans une autre ville, c'est d'offrir à la cliente un voyage qui soit en phase avec l'identité visuelle de la marque, mais qui tienne également compte de la configuration du lieu. À Bruxelles, nous avons travaillé avec une majorité de tonalités ‘nude’ et une touche de vert céladon. Dans une autre ville, on pourrait par exemple modifier cette balance de couleurs. Mais pas question pour nous de tout changer sous prétexte de cadrer avec l'un ou l'autre marché. À notre avis, agir de cette manière serait une erreur. Cela équivaudrait à renier notre identité et celle de la marque.

TLmag: Carine Gilson, cette dimension internationale dans le geste architectural est, dans votre cas, primordiale...
CG: Aujourd'hui, si nos collections sont encore réalisées en Belgique et que nous n'externalisons aucune des 8.000 pièces produites chaque année en dehors de la capitale, nos lignes sont distribuées au travers de trois boutiques propres (à Bruxelles, Paris et Londres) et de multimarques de luxe répartis dans 14 pays. Nous incarnons un luxe belge qui s'exporte. Et ce, depuis le début de cette aventure. Il nous fallait donc dépasser l'ancrage belge pour tendre vers une sophistication davantage liée à la nature du produit, à sa rareté. C'est cette spécificité qui explique notre longévité à l'international. Notre stratégie n'est pas liée à une course contre la montre. Elle s'inscrit dans la durée. "

Interview de Marie Honnay

 

Frederik Vercruysse

Frederik Vercruysse

Frederik Vercruysse

Frederik Vercruysse

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BOULEVARD DE WATERLOO, 26
1000 BRUXELLES
BELGIQUE

+32 2 289 51 47

LUNDI > SAMEDI DE 10H00 À 18H30

carinegilson.com

davidandnicolas.com



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