Retour à la liste complète

Bernard Depoorter. Un instinctif, gardien de l'artisanat. Mode - 16 décembre 2016

Bernard Depoorter

En un peu plus de 10 ans, ce Belge de 35 ans qui en parait 10 de moins, ne s'est pas contenté de construire une maison de mode. Il a aussi entrepris un travail de conservation et de sauvegarde des métiers d'art oubliés qui n'est pas sans rappeler celui amorcé par des empires beaucoup plus gros que lui.

A 18 ans, soutenu par sa famille, mais sans être passé par la case "école de mode", Bernard Depoorter décide de quitter le Brabant Wallon pour apprendre le métier de couturier à Paris. A force de passion et de persévérance, il pousse la porte des studios de Dior, Scherrer, Sorbier.... La couture proprement dite, Bernard Depoorter l'a apprise quelques années plus tôt, à 12 ans, aux côtés de couturières expérimentées de sa région natale.  A Paris, il se perfectionne en dessin auprès de Stéphane Rolland, découvre l'importance de choisir les bons mannequins (ceux capables de sublimer une robe), ainsi que les métiers oubliés (plumassiers, brodeurs, gantiers...) qui l'émerveillent autant qu'ils ajoutent de la profondeur à son style naissant. Cette passion pour l'artisanat deviendra le fil rouge de son travail et ne le quittera plus jamais.

Paons et pinceaux

De retour en Belgique, celui qui se définit avant tout comme "un couturier artisan, plutôt que comme un designer", choisit le chemin le moins aisé de tous. En 2003, à 22 ans, il décide de fonder sa maison. Et quelle maison! Installée dans une vieille demeure familiale bicentenaire, au coeur de la petite ville de Wavre, la maison/atelier de Bernard Depoorter lui rassemble: décor suranné, livres d'art et de mode disposés dans chaque pièce, espace bureau rempli de croquis, de perles et de tubes de peinture sans oublier la cour intérieure habitée par un couple de paons, un détail qui résume bien l'esprit libre et non-conventionnel d'un garçon pourtant bien de son temps. Bernard Depoorter: "Très vite après le lancement de la marque, j'ai eu la chance de réaliser deux tenues pour Anne de Bourbon-Siciles, ma marraine de coeur. C'est par son intermédiaire que j'ai pu organiser un premier défilé à Paris. Le début de l'aventure."

Côté Cour/Côté jardin

Cette aventure, Bernard Depoorter a choisi de l'articuler autour de trois segments: Côté Cour, une ligne couture dont les pièces (à partir de 1.500 € pour une robe) sont réalisées entièrement sur-mesure dans ses propres ateliers. Côté Jardin, la ligne de prêt-à-porter plus jeune et plus abordable, et enfin les bestsellers, une série de pièces iconiques - tailleur pantalon esprit smoking ou robe crayon - forcément doublées de satin violet, sa marque de fabrique. Bernard Depoorter: "mes tissus de première qualité sont majoritairement italiens. La réalisation des prototypes et des pièces couture, dont beaucoup perlées ou brodées (certaines nécessitant des centaines d'heures de travail) s'effectue au sein de la maison. Pour le prêt-à-porter, je fais appel à des ateliers en Wallonie, en Flandre et à Paris. Les mêmes que ceux qui produisent pour Natan ou Dries Van Noten." Au quotidien, Bernard Depoorter s'entoure d'une joli brochette de jeunes talents qui, après s'être formés au patronage, à la broderie ou au travail du cuir viennent compléter son équipe: "Ils sont brillants et me poussent à me dépasser en continu."

Une fondation

En Belgique, Bernard Depoorter présente son travail lors de défilés privés. Cette approche intimiste convient bien à ce garçon qui préfère "ne pas suivre la mode, mais bien son instinct". Dès 2010, il habille la Princesse Claire, puis, trois ans plus tard, Lara Fabian dont il crée les tenues de scène. Ce succès ne l'empêche toutefois pas de se remettre en question et d'échafauder d'autres rêves, dont celui de mettre l'une de ses robes sur un tapis rouge. En attendant de le réaliser, Bernard Depoorter planche sur son prochain défilé parisien, au printemps prochain. Un show qu'il voit comme un véritable C.V., "un résumé de mon savoir-faire. J'ai en effet décidé de sortir de ma zone de confort pour repartir à la conquête de Paris. A force de réfléchir à l'avenir de ma maison, j'en suis arrivé à la conclusion que je ne voulais pas la garder pour moi tout seul. Mon objectif, aujourd'hui, est d'entrer dans un groupe qui prenne en charge la gestion de mon entreprise et son avenir. J'ai de grandes ambitions - une croissance en France et au Bénélux dans un premier temps et la création d'une fondation visant à conserver les métiers d'art en Belgique -, mais je souhaite toutefois conserver du temps pour moi, pour ma vie privée.  Réussir sa vie, ça signifie s'accomplir  tant sur le plan professionnel que personnel."

Par Marie Honnay

En collaboration avec

WBDM s'associe à Belgian Boutique pour promouvoir et diffuser la créativité et le talent belges à l'international.
Pour découvrir plus d'articles sur la créativité belge, rendez-vous sur Belgian Boutique.