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Alain Gilles : « Si l'on veut une réponse directe, on doit poser des questions directes » Design - 17 décembre 2014

Designer de l’année 2012, Alain Gilles a récemment partagé son expérience des foires internationales lors d’un cycle de conférences organisées à Bruxelles par MAD Brussels et WBDM.  

Quelle a été votre réaction quand on vous a demandé de faire des foires et salons le sujet de votre conférence ?
Je trouvais ça intéressant, parce que c'est une partie relativement importante du métier, les salons sont par essence des endroits de rencontre et sans rencontres, pas de projets ou à peu près. C'est donc un moment privilégié dont on parle assez peu, il y a une sorte de tabou qui entoure le sujet, et ce pour différentes raisons.
Beaucoup de gens voient les designers comme des artistes et se disent qu'un artiste est forcément un rêveur, pas un gestionnaire. Souvent, le public s’imagine ce qu’il a lui-même envie de voir. 

Pour préserver un côté romantique ?
Oui, pour entretenir l'illusion qu'il n'y a pas d'argent en jeu, que tout se fait pour la beauté du geste. Je caricature, et il y a indéniablement une vraie partie créative, mais il y a aussi un peu de ça dans le subconscient collectif. Et chaque designer gère ce paramètre à sa manière, personnellement je suis arrivé dans le design plus tard, donc ça m'a peut-être donné une autre approche.

C’est-à-dire ?
Quand tu débarques à 22 ans, que tu es encore étudiant, et que tu demandes à voir quelqu'un sur le stand d'un salon... la plupart du temps, on t'indique poliment la sortie après avoir fait semblant de t'écouter quelques instants. Etant attiré par la monde de l'édition, j’ai également visité beaucoup de salons, mais j'avais la chance d'être déjà plus vieux et un peu plus crédible, alors je demandais à parler directement au boss ou au directeur artistique. Dans la vie, si l'on veut une réponse directe, on doit poser des questions directes. Au début, ça n'a pas marché, mais ça m'a appris énormément.

Il faut des ressources pour pouvoir essuyer des refus successifs…
Je n'avais pas de temps à perdre, alors je me suis donné à fond. J'attendais des heures pour voir quelqu'un. Tu attends le CEO, on  te fait poireauter, puis on te dit qu'il est parti mais qu'il revient bientôt, puis que tu dois revenir le lendemain... L'horreur. C'est le genre de trucs que tu fais au début, parce que tu en as le courage, mais c'est assez déprimant. Ensuite, au fur et à mesure des projets, tu as suffisamment de boulot pour ne plus devoir courir après les gens. Mais depuis à peu près un an, je pense à reprendre mon bâton de pèlerin pour repartir à la rencontre des gens. Sincèrement, je suis très content de mes collaborations actuelles, mais certaines choses que je fais ne collent pas avec leur univers alors pour voir mes autres projets édités, je dois élargir le champ de mes contacts.

Et le salon reste le lieu privilégié pour nouer ces contacts ?
Oui. A la fois sur les sites des foires et dans le programme "off", où les rencontres se font de manière plus inattendue, plus informelle et donc plus personnelle. En visitant une expo, on tombe sur quelqu'un qu'on avait entrevu sans avoir le temps de l’aborder et on se met à discuter. Et paradoxalement, c'est presque au moment où tu en viens à parler d'autre chose que du boulot que ça devient intéressant, parce que tu deviens une personne avec qui discuter, et pas le énième designer de la journée qui vient proposer sa chaise. Ce sont d’heureux hasards qu’il faut essayer de provoquer, au lieu d’attendre qu'ils arrivent.

Lors de la conférence, tu as aussi souligné l'importance de labels comme Belgium is Design...
Tout à fait. Pour moi, ces plateformes nationales sont les meilleures, on le constate en Belgique, mais c'est la même chose en France avec le VIA. C'est de loin le rapport qualité-prix le plus intéressant : la participation du designer s’avère minime par rapport au coût réel et les retombées sont assurées, bien que difficiles à exactement quantifier. Pour un designer, c'est idéal : on montre ses produits, mais il peut en plus engranger des tas de contacts et d’ouvertures, puis des articles de presse.... Ce genre d'initiatives est vraiment capital.

 

Ecrit par Maxime Fischer.

www.alaingilles.com

 

En collaboration avec

WBDM s’associe à Belgian Boutique pour promouvoir et diffuser la créativité et le talent belges à l’international.

Pour découvrir plus d’articles sur la créativité belge, rendez-vous sur :www.belgianboutique.com