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Lionel Jadot. Hyperactif, iconoclaste, inclassable Design - 19 octobre 2018

(c) Serge Anton

Briser les codes, mixer les genres, les inspirations, les matières et les couleurs. Tel est le crédo du Belge Lionel Jadot. Rencontre avec un architecte d'intérieur anticonformiste, bien ancré dans son époque et débordant de projets ici et ailleurs.

TLmag : Quand on nait dans une famille d'artisans actifs dans la fabrication de sièges, les fauteuils Vanhamme, l'architecture d'intérieur, c'est un parcours presque tracé, non ?
Lionel Jadot : J'ai en effet grandi dans l'atelier de mon père au contact de la matière. Je construisais mes jouets avec des chutes de bois et de cuir. À 19 ans, j'ai repris les rennes de l'entreprise Je suis devenu d'un jour à l'autre un patron, à la tête de 35 artisans. C'est là que j'ai appris à gérer plusieurs projets de front et à trouver des solutions techniques rapidement. Cette première expérience m'a offert une vraie liberté que j'ai presque envie de qualifier d'iconoclaste. Mon ouverture d'esprit, ma gourmandise de création, mon énergie, mais aussi un certain recul par rapport aux problèmes, viennent de là.

Ce clash d'influences diverses qui définit votre style, c'est le reflet d'un monde qui change à toute vitesse. S’agit-il de votre vision ?
Je ne calcule rien à vrai dire. Ce qui est certain, c'est que je me fais confiance. En général, lorsque je commence à esquisser les contours d'un projet, mon premier jet est le bon. Le fait que je sois partiellement autodidacte explique mon mode de fonctionnement un peu chaotique. J'ai une mémoire très photographique. Je capte les choses, mais je refuse les copier-coller. Au studio, j'interdis à mon équipe de se reposer sur un moodboard classique ou sur des tableaux Pinterest. Ce qui m'intéresse, c'est que chaque idée passe par le filtre du souvenir et que les influences se mélangent. Que la culture rencontre la subculture, un peu comme lorsqu'au XVIIe siècle, le mobilier français en vogue à la cour était revisité dans les provinces par les artisans qui le reproduisaient en fonction de leur tradition locale. Lorsque je démarre un projet, si je sens que mon point de départ est trop confortable, je change de voie. J'aime la collision entre différents éléments.

Aujourd'hui, impossible de parler d'architecture d'intérieur sans aborder le thème du recyclage. Quel rôle joue l'écologie dans votre démarche ?
Ce principe de recyclage est en moi depuis longtemps. Petit, comme je l'ai dit, je créais des objets avec des chutes de bois. J'ai un côté très hamster. Je garde tout en prévision du jour où je pourrai faire quelque chose avec tous ces bouts de matière que je conserve dans mon atelier. Dès mes premiers projets, j'ai voulu inciter mes clients à aller dans ce sens. Les années passées dans l'atelier de mon père m'ont aussi appris à respecter les arbres, le bois et les artisans qui le façonnent. Pour moi, tout ça va de soi.

À l'international, vous venez de signer le Chai du château Castigno. Parlez-nous de ce projet ?
Ce projet est né d'une rencontre. Un ami m'a présenté un vigneron qui souhaitait que je lui dessine une cave qui soit à la fois un outil de production et le porte-drapeau de sa marque. J'ai ainsi découvert un métier, celui du vin, que je ne connaissais pas du tout, mais aussi une région, le pays Cathare: un paysage rude, très sauvage, composé de falaises. C'est ce terroir, mais aussi mes expériences passées, qui m'ont inspiré le bâtiment. Chaque histoire que j'écris pour un client en influence une autre. Quoi que je fasse, je suis dans le plaisir. Je suis un joueur, un éternel enthousiaste. Quand je travaille avec mon équipe – nous sommes douze au studio –, j'aime que les brainstormings soient le plus libres possibles.

Lionel Jadot - Chai Chateau Castigno (c) Patrick Tourneboeuf Tendance FloueLionel Jadot - Chai Chateau Castigno (c) Patrick Tourneboeuf Tendance Floue

Développer des chantiers à l'international, c'est un défi, un besoin de grandir, une envie personnelle ?
Je ne fais pas de plan de carrière. Tout est une question de rencontres. Plus mon réseau s'étoffe, plus les projets viennent à moi rapidement. Je tiens toutefois à opérer un tri, à canaliser les choses, histoire de me concentrer sur des histoires auxquelles je crois vraiment. Je viens de signer le magasin de la marque Maison Ullens à Aspen aux États-Unis, le nouveau restaurant parisien du chef Marc Veyrat et je commence à plancher sur celui du Musée d'art moderne, toujours à Paris, en collaboration avec le créateur de mode Rick Owens. Travailler à l'étranger est à la fois enthousiasmant et très fatiguant, mais ça nous oblige à rester alertes. C'est très boostant.

Lionel Jadot - Zaventem (c) Victoria JadotParlez-nous de ce nouveau lieu que vous venez d'acquérir : un terrain de jeu de 6000 mètres carrés, ce n'est pas rien.
Dans mon studio actuel, je commençais à me sentir à l'étroit, mais lorsque j'ai découvert cette ancienne usine située à Zaventem, il m'a encore fallu une année pour convaincre le propriétaire de me la vendre. Très vite, j'ai eu l'idée d'y installer 25 ateliers sur une grande surface de 800 mètres carrés qui servira de lieu d'exposition. Le lieu rassemblera des artisans qui travaillent la pierre, le métal, le bois... Ben Storms, Armand Jonckers, Arno Declercq, Vladimir Slavov (Dim Atelier)... ont déjà répondu présents. Pour créer une dynamique autour de ce lieu de création et de production, chaque exposition, environ deux par an, sera orchestrée par un curateur extérieur.

 

Par Marie Honnay

Restaurant Rural by Marc Veyrat (c) Isabelle Kanako

Zaventem Ateliers (c) Lydie Nesvadba

Zaventem Ateliers (c) Lydie Nesvadba

Zaventem Ateliers (c) Lydie Nesvadba

Zaventem Ateliers - Atelier Armand Jonckeers (c) Lydie Nesvadba

Plus d'infos

www.lioneljadot.com



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