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Dogstudio & more. Férocement émouvant. Design - 16 octobre 2017

En 2006, Gilles (designer) et son frère Mathieu (développeur) créent un studio au nom aussi décalé que l'est leur esprit d'entreprise. Onze ans plus tard, Franco Dragone est passé par là et leur grain de folie n'a pas – c'est le moins qu'on puisse dire – enrayé une machine qui tourne à plein régime. Rencontre avec Gilles Bazelaire et Gaëtan Libertiaux, son associé, dans leur QG namurois.

 

Si on vous dit que votre studio - peut-être en partie à cause de son nom - affiche une image décalée, car pleine d'humour, et un poil féroce, vous êtes d'accord?

Gaëtan Libertiaux: Je ne vois pas le mot féroce dans un sens négatif. Donc oui! Notre studio n'a en tous cas pas peur des défis.

Gilles Bazelaire: Le point de départ du studio, c'est tout simplement une volonté d'être indépendants. Avant de lancer Dogstudio avec mon frère, j'étais passé par cinq boîtes en cinq ans. Je ne me retrouvais pas dans les projets qu'on me confiait. Je voulais créer des choses nouvelles.

G.L. : Notre force, c'est de toujours se dire: 'si ça n'existe pas, on va le faire'.

G.B. :Lors de la phase de lancement du studio, j'ai d'ailleurs quitté l'incubateur qui me suivait car celui-ci trouvait prématuré de créer une société sur base d'un seul client. Moi pas.

Et ce nom, alors ?

G.B. : Le mot studio nous semblait important. Il incarnait parfaitement notre démarche. Quant à Dog, c'est le premier qui est apparu sous nos yeux quand on a ouvert le dictionnaire. Pareil pour nos e-mails, j'ai demandé à mon frère quelle adresse il voulait. Il a répondu: 'Moi caniche et toi bichon."

Vous aviez des idées, des envies et un besoin de tout bousculer. Ça a tout de suite décollé ?

G.B. : Pas vraiment. Il a fallu quatre ou cinq as pour qu'on commence à plancher sur des projets qui nous plaisaient vraiment et pour que l’on soit repérés. Notre premier contrat vraiment porteur, c'était pour le Standard de Liège. Le club nous a fait confiance pour son site, le développement des réseaux sociaux et la production de contenu live. Une belle vitrine.

G.L. : Dans un second temps, nous avons travaillé sur un projet très stratégique – car global – pour Creative Wallonia, un programme gouvernemental né en même temps que le studio. Nous avons planché sur leur identité, l'aspect événementiel, l'e-mailing, etc.

C'est à ce moment que vous avez créé Superbe, votre deuxième structure ?

G.L. : En 2011, j'ai quitté le secteur de la musique pour rejoindre Gilles, un ami d'enfance. Tout est parti d'une installation créative autour de la musique dont nous nous sommes servis pour offrir une nouvelle expérience dans le cadre de projets événementiels. Sur cette base, nous avons créé d'autres projets (La Paf Box et Fontasy, deux photomatons revisités dans un esprit fun et interactif), ainsi qu'une foule d'animations qui, très vite, ont suscité un engouement au point de devenir des produits à part entière."

G.B. : Je pense que le point commun entre Dogstudio et Superbe, c'est que nous réinventons les concepts au travers de l'expérience clients. La dynamique commune aux deux sociétés (même si Dogstudio est déjà beaucoup plus loin dans son développement et dans son positionnement en tant que référence mondiale dans le secteur du digital), c'est que nous ne mettons aucune limite à notre créativité.

Ça ne comporte pas certains risques. En termes de rentabilité notamment?

G.L. : Si, évidemment. Il est essentiel de pouvoir se remettre en questions. Naturellement, nous avons tous tendance à tendre vers trop d'extrêmes en termes de créativité. À certains moments, il faut pouvoir dire 'stop' de manière à redéfinir qui nous sommes et ce que nous cherchons à atteindre.

 Et puis, il y a eu le moment Franco Dragone...

G.B. : Nous avons répondu à un appel d'offres pour réaliser le site de Franco Dragone. Au final, il  a reçu le prix de plus beau site de l'année. Une expérience fantastique qui, d'emblée, nous a ouverts une multitude de portes, dont un concours que nous avons également remporté et qui nous a permis de concevoir le site du Musée des Sciences et de l'Industrie de Chicago (le plus grand musée de ce type dans le monde) et toute sa stratégie en ligne.

C'est à ce moment que vous avez pleinement pris conscience du potentiel international du studio ?

G.B. : À partir de 2015, nous avons arrêté de nous considérer comme une agence de province ou même nationale. Plus question de nous imposer de limite. Ni créative, ni géographique. Nous avons engagé un nouveau collaborateur qui, après deux ans à Namur, est parti développé le studio à Chicago.

Et les Américains vous aiment, semble-t-il ?

G.B. : Nous avons réalisé, notamment, des projets en Californie, à New York et à Washington. Les Américains sont très à la pointe au niveau marketing et automation des processus web, mais en termes d'image, ils aiment piocher dans ce qui se fait de plus créatif ailleurs que chez eux. Nous avons la chance que notre ton décalé plaise beaucoup là-bas. À ce stade, il est peut-être encore mieux compris qu'ici.

On vous retrouve parfois dans des registres inattendus. Vous collaborez aussi avec la maison de mode Natan ?

G.B. : Oui et nous sommes d'ailleurs très fiers du site que nous avons réalisé pour eux. Tout le concept est centré sur l'idée d'élégance, de raffinement et de subtilité, des valeurs que nous avons cherché à transposer dans un univers digital. Il fallait justement sortir des clichés du web pour proposer un concept qui traduise l'émotion que véhicule la marque. On voulait créer un rythme particulier sur le site pour que le visiteur ait littéralement l'impression de le feuilleter. Avec Dogstudio, nous avons toujours évité de tomber dans un prisme 100% technologique. Pour qu'elle soit porteuse d'émotion, cette technologie doit rester invisible. Cette rencontre avec la maison Natan nous a, en outre, ouvert de nouvelles opportunités au Moyen-Orient, à Dubaï par exemple.

En marge de cette fantastique croissance internationale, vous vous investissez encore dans des projets locaux, dont le Kikk Festival.

G.L. : Nous avons créé ce festival presque sur un coup de tête, en trois mois à peine. Notre souhait était de proposer un évènement autour de la créativité et du digital qui soit à la fois pointu et accessible à tous... avec une dimension festive qui, jusque-là, manquait dans ce genre d'événements. L'an dernier, cinq ans après le lancement du Kikk, nous avons accueilli plus de 15.000 visiteurs en trois jours. Nous proposons des conférences, des ateliers et des rencontres, des espaces d’expositions, des showrooms pour les startups...

Et comme vous aviez peur de vous ennuyer entre deux éditions, vous avez fondé votre quatrième bébé: le Trakk.

G.B. : Lorsque nous avons créé Dogstudio, beaucoup de gens nous avaient dit qu'à Namur un tel projet était voué à l'échec. Nous leur avons prouvé qu'ils avaient tort. Avec ce nouveau hub créatif namurois, nous voulons à nouveau rassembler, échanger et favoriser l'émergence de projets créatifs locaux qui , pour certains, vont ensuite pouvoir rayonner beaucoup plus loin.

G.L. : C’est un lieu de travail pour des designers et des artistes, mais nous y organisons aussi des ateliers, dont certains pour enfants. C'est le prolongement du projet éducationnel amorcé avec le Kikk festival et qui va prendre encore une nouvelle dimension très prochainement avec la sortie de notre magazine King Kong.

Un magazine papier pour un studio comme le vôtre, c'est presque un anachronisme, non ?

G.B. : Non, dans le sens où ce magazine des cultures digitales n'existait pas en Belgique. Il nous semblait donc intéressant de le créer. À notre niveau, c'est aussi un moyen, puisqu'il sortira aussi en version papier, de prendre le contre-pied de ce secteur à grande vitesse dans lequel nous gravitons. Ce projet nous oblige à prendre le temps de la réflexion par rapport à notre métier. Un magazine, ça a une réelle épaisseur. Au sens propre comme au figuré.

 

 

Par Marie Honnay

 

Gaëtan Libertiaux - Superbe

Museum Chicago - DogStudio

Photomaton - Superbe

Dragone Homepage - DogStudio

Ernest_Célestine - DogStudio

Photomaton Paf - Superbe

Plus d'infos

Prochaine édition du KIKK FESTIVAL et lancement du magazine King Kong, du 2 au 4 novembre 2017 au Théâtre de Namur.

dogstudio.be

superbe.be

kikk.be

trakk.be

 



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